LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IV
tages spirituels puisés dans ses conseils, abandonna pour l'accompagner, et sa patrie et un procès d'une haute importance.
Allait-il prier au pied de quelque croix plantée hors ville, on le suivait à une certaine distance ; mais commençait-il à parler des choses de Dieu, une foule immense se rassemblait autour de lui. Quand, monté sur une pierre qu'on montre encore aujourd'hui à l'ancien hôpital de Sainte-Lucie (53), l'homme de Dieu paraissait devant cette foule, le regard enflammé du divin amour, tous les cœurs s'ouvraient à la componction et au désir de faire pénitence ; à ces vêtements si grossiers et si pauvres, à cette chevelure, jadis si soignée, maintenant éparse et en désordre, à ce visage pâle et décharné, à cette chaîne qui serrait ses reins, à ces pieds nus, on pressentait le saint. Mais quelle efficacité n'avaient pas ses paroles ! Quels traits brûlants lançait ce cœur embrasé ! Bien des gens, éclairés par ses entretiens particuliers et par certaines maximes fondamentales qu'il leur donnait à méditer, songeaient dès lors à abandonner le siècle et à se retirer dans des monastères.
Cette première expérience de l'efficacité qu'avaient, pour détacher les âmes des choses de ce monde et les conduire à Dieu, quelques vérités dont la considération lui avait été naguère si utile à lui-même, le conduisit à réduire, comme en art, les règles de la vie spirituelle. Il composa alors cet admirable livre des Exercices spirituels (54), dicté par une intelligence bien supérieure à celle de l'homme, et écrit aux célestes rayons d'une lumière toute divine. Ce sont les Exercices qui ont donné à l'Église les premiers enfants de saint Ignace ; c'est dans les Exercices qu'ils ont puisé leurs vertus et cette passion des entreprises fécondes pour le salut des âmes. Tant que la Compagnie subsistera, elle trouvera dans cet ouvrage précieux son premier esprit ; et si par malheur cet esprit venait à s'éteindre, ce serait encore à cette source qu'elle le raviverait. Etudions donc avec quelque attention ces Exercices spirituels, dont nous aurons à parler souvent dans le cours de cette histoire.
Exercices spirituels de saint Ignace.
ES Exercices de saint Ignace ne sont pas seulement une suite de pieuses réflexions, réunies et coordonnées dans un même livre, pour que chacun puisse y apprendre à rentrer humblement en soi-même et à converser saintement avec Dieu. S'ils n'étaient rien de plus ils n'offriraient pas une œuvre nouvelle, et il n'y aurait pas lieu de les désigner sous l'appellation spéciale & Exercices de saint Ignace.
Le but visé et atteint fut de réduire en art la guérison d'une âme, en basant sur quelques principes de foi une méthode exacte et positive qui, mise en pratique par l'application des moyens prescrits, amène un succès presque infaillible.
Si l'on y réfléchit bien, on verra que cette méthode spirituelle diffère autant de la simple considération des vérités de la foi, que la connaissance des vertus de certaines plantes ou minéraux se distingue de l'art de la médecine ; celle-ci en effet nous enseignant à connaître la constitution du corps humain et les propriétés de quelques substances, pour rétablir l'équilibre altéré par la maladie, forme un corps de préceptes au moyen desquels on renouvelle ou on conserve la santé.
Ainsi, bien avant la naissance de saint Ignace assurément, on savait pour quelle fin Dieu nous avait créés, on connaissait la malice du péché, l'enfer qui le punit, la nécessité de l'examen de conscience et de la confession, la vie et les mystères du Sauveur, etc. Mais réduire en art la connaissance des maladies spirituelles et l'utilité de telle ou telle considération pour remédier à ces maux, bien comprendre la manière de les traiter, enfin former comme un code où se trouvent rassemblés les divers moyens de purifier, de consoler, de fortifier une âme, en