‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 31 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VI

lui-même ces Exercices, et il en retira un tel profit pour son âme, qu'il s'en fît l'apôtre et voulut les donner lui-même à de nombreux évêques et théologiens de grand savoir.

Aux docteurs, aux théologiens, succèdent les maîtres de la vie spirituelle : Louis de Blois (67), Louis de Grenade, Jean d'Avila et bien d'autres qui ne tarissent pas d'éloges sur les Exercices. Louis de Blois écrivait de Louvain, le 3 novembre 1550, au P. Adriani ( Adriaenssens ) : « Le P. Ursmaro vous aura « annoncé, je pense, qu'il a fait suivre les Exercices à nos jeunes « gens. Plût à Dieu qu'il eût pu le faire vingt ans plus tôt ; les « vieillards en auraient aujourd'hui moins besoin ! Louons le « Seigneur d'avoir appris de vous cette manière de méditer, « qui procurera, je n'en doute pas, la gloire de Dieu et le salut « des âmes. »

Louis de Grenade aimait à dire que toute une vie ne lui suffirait pas, pour expliquer les éternelles et divines vérités que les Exercices de saint Ignace lui avaient fait connaître. De son côté Jean d'Avila conseillait à tous ses disciples d'aller puiser à cette source les leçons de perfection qu'ils venaient chercher auprès de lui. Signalons comme l'un des plus zélés partisans des Exercices l'archevêque de Milan, saint Charles Borromée. Jeune cardinal encore et neveu du pape régnant, il se retira à Rome, dans la maison professe du Gesù, pour suivre une première fois les Exercices de saint Ignace. Dans la suite il fut fidèle à les faire une et même deux fois tous les ans, sous la direction des PP. Jean-Baptiste Ribera et François Adorno (68). Ceux-ci se disaient ses disciples et ses admirateurs, mais saint Charles Borromée les traitait comme ses maîtres en spiritualité. Il prescrivit à tous ses séminaristes de suivre au moins les Exercices de la première semaine avant de se présenter aux saints ordres. Lui-même faisait de ce livre l'objet de ses constantes méditations. Un jour que le duc de Modène lui montrait sa bibliothèque : « J'en ai une aussi, » reprit-il, en lui montrant les Exercices, « mais elle est petite : la voici. Ce volume, m'a été « plus utile que tous les livres du monde (69). »

Le livre des Exercices n'est pas un de ces ouvrages de grand renom qu'on aime à exposer comme une rareté sur les rayons d'une bibliothèque. Pour en apprécier la valeur, il faut le goûter

avant de le voir, en pratiquer les enseignements avant de le lire ; aussi saint Ignace refusa-t-il de le livrer à des religieuses de Florence qui le demandaient avec instance, avant d'en avoir mis en pratique les leçons sous la direction d'un de nos Pères. Pour le bien juger il faudrait aussi lire, dans les auteurs du temps, les prodigieux effets qu'il produisit dans toutes les classes de la société.

Citons ici le récit abrégé que nous donne le P. Miron, témoin oculaire : « Ce n'est pas notre ordre seulement qui a reconnu « l'étonnante efficacité de ces saints Exercices: tous les autres pu- « blient les admirables fruits qu'ils en ont retirés. Les monastères « se repeuplent, la ferveur et l'exacte observation des règles s'y « rétablissent : dans le monde, des princes, des prêtres, des « séculiers, jeunes et vieux, savants et ignorants, sont devenus, « grâce à ces saintes pratiques, véritablement d'autres hommes. « Après la méditation sur l'enfer, quelques-uns invitaient haute- « ment les insensés livrés aux vanités du monde, à réfléchir sur « les horreurs de l'éternelle réprobation ; d'autres parcouraient « les villes en se frappant la poitrine et en demandant publi- « quement pardon de leurs scandales. Ici on voyait des ennemis « aller au-devant de leurs rivaux et solliciter une réconciliation; « là des mondains s'enfermaient dans les hôpitaux pour s'y « dévouer au service des malades ; ou bien encore des savants « brûlaient les livres de la science humaine qui les avaient si « longtemps occupés, pour ne plus étudier que Jésus crucifié.

« Tendilla, ville située à quelques milles d'Alcala, possède un « monastère de religieux hiéronymites. L'un d'eux, nommé « Pierre Aragona, homme de grande réputation dans son Ordre, « s'était lié d'une étroite amitié avec le Père François Villanueva. « Il fut amené doucement par son ami à faire les Exercices « spirituels.

« Villanueva était du petit nombre de ceux que saint Ignace « trouvait particulièrement propres à conduire les âmes à Dieu « par ce moyen.

« Les Exercices ne manquèrent pas leur effet ordinaire sur le « P. Aragona. Quand il les eut terminés, il se trouva un homme « nouveau, et dès lors son plus grand désir fut d'en répandre « l'usage. Il s'adressa d'abord aux religieux de son monastère

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