‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 34 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VI

fous ; puis on s'habitua peu à peu à y voir une œuvre propre à faire des saints. L'infant Don Louis, la reine, le cardinal Henri, même après son élévation au trône, ainsi que d'autres grands personnages voulurent suivre ces Exercices en pleine cour.

A Alcala, l'archevêque soumit le livre d'Ignace à l'examen du P. Maître Pascal Mancio, dominicain. Ce théologien éminent scruta le livre en tous sens : il n'y trouva rien à reprendre. Bien plus, montrant à l'archevêque une autre copie du même livre, copie chargée sur les marges de censures écrites par un théologien dont je tairai le nom (7°) : « Quant à ces Exercices, » dit-il, « ils méritent assurément d'être condamnés ; ils contiennent « autant d'erreurs que de notes marginales. »

Le savant évêque des Canaries, Barthélémy Torres, n'estimait pas moins le livre de saint Ignace. Dans une apologie qu'il en fit par écrit, il disait : « Les Exercices ne sont point un livre de « théorie, mais un livre de pratique. Des hommes cultivés et « d'un vrai talent, en voyant la simplicité et la clarté de sa « doctrine empruntée aux Évangiles et aux docteurs, en ont fait « peu de cas. Pour moi, je prends Dieu à témoin qu'à Alcala, « j'ai retiré, en peu de jours, de la méditation de ce livre, plus « de profit pour mon âme, que de trente années de ma vie « consacrées à l'étude et à l'enseignement de la théologie. On <L peut être intelligent, et ne point comprendre ce que j'affirme, « parce que la seule spéculation ne suffit pas pour bien apprécier « les Exercices ; il faut, avant tout, les mettre en pratique. « Qu'on en fasse l'expérience comme moi, et l'on en retirera le « même fruit. Dans mes autres études, je travaillais théorique- « ment pour enseigner aux autres ce que j'apprenais; en étudiant « les Exercices, j'avais pour but de les mettre à exécution. Autre « chose est étudier pour soi, et autre chose étudier pour les autres. « Bien des personnes, à ma connaissance, se sont adonnées aux « Exercices ; j 'ai persuadé de les suivre à un grand nombre de « mes élèves laïques et religieux; or je n'en connais aucun qui « n'en soit devenu meilleur, et qui consentît à échanger, pour « tous les biens du monde, le profit qu'il en a retiré. Plût à Dieu « que ce trésor fût estimé de tous à sa juste valeur. Prier et « méditer selon l'ordre et la méthode des Exercices, c'est avancer « en peu de temps, et avec moins de fatigue que par toute autre

« voie. Les démons, irrités du grand bien opéré par les Exercices, « ne négligent rien pour en diminuer le crédit, pour en arrêter « la diffusion, pour les faire disparaître ; mais ils les combattent « en vain : ces Exercices sont l'œuvre de Dieu, et loin de les « anéantir, la persécution les met en lumière et les propage. »

Cependant on crut prudent de ne pas dédaigner l'opposition faite aux Exercices par quelques amis. Ces appréciations pouvaient nuire au livre dans l'esprit des personnes timorées ou auprès des gens incapables de se former un jugement par euxmêmes. Dans l'intérêt du bien général, et mû par une pensée de zèle et de justice, François de Borgia, duc de Gandie, prit l'initiative que lui permettait sa haute position dans le monde, pour obtenir une approbation pontificale du livre de saint Ignace. Il supplia donc le Pape Paul III de le faire examiner de nouveau. Le Pontife accueillit cette proposition, et confia l'examen du livre, traduit en latin par le P. Frusius, à trois hommes estimés à Rome, au cardinal Jean Alvarez de Tolède, évêque de Burgos, de l'Ordre de Saint-Dominique, à Monseigneur Philippe Archinti, vicaire de Sa Sainteté, et au P. Gilles Foscarari, maître du Sacré-Palais. Les trois examinateurs furent unanimes à approuver sans restriction, et à louer grandement les Exercices. Le Souverain Pontife confirma leur jugement par la Bulle suivante :

PAUL III PAPE, pour en conserver la perpétuelle mémoire.

« La charge de Pasteur de tout le troupeau de Jésus-Christ « qui nous a été confiée, et l'amour de la gloire et de la louange « de Dieu, nous font embrasser avec empressement tout ce qui « peut être utile au salut des âmes et à leur avancement spirituel, « et nous portent à écouter favorablement ceux qui nous adressent « des vœux dont l'objet est d'entretenir et d'augmenter la piété « dans les cœurs des fidèles. Nous venons d'apprendre de notre « bien-aimé et illustre fils François de Borgia, duc de Gandie, « que notre bien-aimé fils Ignace de Loyola, supérieur général « de la Compagnie de Jésus établie par nous dans notre ville de « Rome et confirmée par notre autorité apostolique, avait composé « des Instructions ou Exercices spirituels, puisés dans les saintes « Ecritures et dans les pratiques de la vie spirituelle, et rédigés

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