LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VI
cours, un aliment proportionné aux besoins de leur âme : et cette efficacité ne leur vient pas seulement du caractère universel et abstrait des vérités qu'ils renferment, caractère qui s'adapte à toutes les conditions de personnes ; elle leur vient aussi de ce qu'ils conduisent par une voie sans détour depuis le point de départ le plus reculé jusqu'au terme d'une union parfaite avec Dieu. On comprend dès lors combien il importe que celui qui doit donner les Exercices soit habile et exercé dans ce genre de ministère. Aussi la première congrégation générale, tenue à Rome après la mort de saint Ignace, demanda-t-elle qu'on mît à profit l'expérience des Pères qui donnaient avec le plus de succès les Exercices pour composer un livre de direction où seraient consignées les observations et les industries les plus propres à former de bons directeurs. On alla même jusqu'à adresser à tous les membres de la Compagnie sans distinction l'invitation de signaler les observations personnelles que chacun aurait eu occasion de faire sur ce sujet. Enfin le P. Claude Aquaviva, devenu Général, pressa la rédaction de ce livre intitulé Directoire ; et, en l'envoyant aux divers Provinciaux de la Compagnie, il leur adressa la lettre suivante : « Souvent déjà « en diverses circonstances, j'ai recommandé l'usage des Exer- « cices spirituels, car il est facile de constater quel grand secours, « dès l'origine de notre société, Dieu Notre-Seigneur a donné « par eux aux âmes. Je saisis pour renouveler ces mêmes recom- « mandations l'occasion que m'offre aujourd'hui l'envoi dans les « Provinces du Directoire des Exercices revu et ordonné enfin « d'après les indications de la commission nommée par la Ve « congrégation générale. Je ne crois pas devoir laisser partir ce « travail sans vous exhorter de nouveau en termes plus pres- « sants à favoriser et à répandre, de toute l'ardeur de votre zèle, « la pratique des Exercice1; parmi les Nôtres, comme aussi hors « de la Compagnie. L'expérience nous montre, en effet, que « grâce à la libéralité dont Dieu a coutume d'user dans les « Exercices, les religieux et les séculiers y trouvent abondam- « ment les uns, les grâces propres à leur vocation, les autres, les « secours adaptés à leur condition et à leur intelligence. Je désire « donc grandement que les Nôtres en usent fréquemment pour « eux-mêmes et se rendent ainsi habiles à les donner avec suc-
« ces aux séculiers, dans la suite. Votre Révérence voudra bien « recommander sérieusement aux confesseurs d'engager à suivre « les Exercices, ceux de leurs pénitents qui leur paraîtront pou- « voir le faire avec fruit ; qu'ils leur en parlent avec suavité et « qu'ils les y excitent, car dès qu'une fois ils en auront goûté, ils « deviendront, par le fait même, très capables d'en attirer d'au- « très et de les enflammer du désir de faire comme eux ; on sait « assez que dans une ville, où l'on a commencé à donner les <{ Exercices aux séculiers, Dieu a tellement béni cette œuvre que « tous en ont retiré, à un haut degré, édification, profit et con- « solation. Il sera donc nécessaire que les Supérieurs se montrent « empressés et généreux quand il s'agira de recevoir ceux qui, « pour le bien de leur âme, désirent faire les Exercices spirituels; « ils passeront par dessus le dérangement ou même les dépen- « ses qui pourraient parfois en résulter, et, se faisant un cœur « large, ils mettront très volontiers, en première ligne, l'avan- « tage spirituel qu'avec la grâce de Dieu on est en droit d'at- « tendre des Exercices. Il est à croire, en effet, que si les Supé- « rieurs se montraient en cela parcimonieux et peu portés à « admettre des retraitants, il ne s'en présenterait guère, et les « confesseurs, voyant les difficultés que font les Supérieurs se- <£ raient peu désireux de provoquer des demandes parmi leurs « pénitents.
« Il sera très utile aussi que dans chacun de nos collèges et « dans nos autres maisons, Votre Révérence tienne en réserve, « autant que possible, quelques chambres pour les personnes « du dehors qui désirent suivre les Exercices, et, dans les con- « structions à venir, il sera opportun de disposer commodément « les chambres destinées aux retraitants, de façon pourtant à ce « qu'ils ne soient pas une cause de dérangement pour les Nôtres. « Mais il est inutile d'insister plus longuement, car je n'ignore « pas que Votre Révérence apprécie justement l'importance de « cette affaire et voit bien quelle gloire reviendra à Dieu, et « quel avantage sera assuré aux âmes si l'on étend et si l'on « favorise l'usage des Exercices. J'engagerai pourtant Votre « Révérence à profiter comme d'une bonne occasion, pour traiter « de cette affaire, des conférences qu'elle aura avec les Supé- « rieurs sur la manière de gouverner, de la Congrégation pro-