LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VI
« vinciale où elle trouvera tous ces Supérieurs réunis, et où elle « pourra en parler aussi avec les profès et d'autres Pères, selon « quelle le jugera opportun. Je désire que vous leur fassiez con- « naître le vif désir que le Seigneur a daigné m'inspirer, de « trouver dans tous les Nôtres un zèle vraiment ardent pour se « dévouer au bien des âmes pour lesquelles Notre-Seigneur « nous a appelés dans cette Compagnie, ce dont un jour il nous « demandera un compte rigoureux. Votre Révérence ne se bor- « nera donc pas à de simples exhortations en général ; mais elle « traitera encore des moyens et des industries diverses propres « à venir en aide à des âmes en grand nombre, elle recomman- « dera cet usage des Exercices qui fait le sujet de ma lettre ainsi « que les prédications, les confessions, et tous les genres de mi- « nistères marqués dans notre Institut afin qu'ils pratiquent ces « Exercices et travaillent avec ardeur à les faire pratiquer pour « la gloire de Notre-Seigneur et pour l'utilité, et le plus grand « bien de beaucoup d'âmes.
« Je me recommande aux prières de tous les Nôtres.
« Rome le 14 août 1599. RR. VV. Servus in Domino,
« Claude Aquaviva (74). »
Enfin pour répandre encore plus l'usage des Exercices, le Pape Alexandre VII accorda par un bref du 12 octobre 1657, une indulgence plénière à tous ceux qui, membres de la Compagnie, religieux d'un autre Ordre, ecclésiastiques ou laïques, suivraient pendant huit jours dans nos maisons les Exercices de saint Ignace (75).
Les détracteurs du livre des Exercices à peine désarmés, des admirateurs sincères mais jaloux tentèrent de ravir à saint Ignace la gloire de l'avoir composé. Un ancien religieux du MontCassin, jaloux des fruits que produisaient les Exercices de saint Ignace, publia un livre sous ce titre : De religiosa S. Ignatii, sive S. Enneconis Ftmdatoris Societatis jEsu,per Patres Benedictinos institutione, deque libello Exercitiorum ejtisdem, ab Exercitatorio Ven. Servi Dei Garciae Cisnerii Abb. Benedictini, magna ex parte desumpto. Le livre fut mis à X Index comme contraire à la vérité et blessant pour la mémoire de saint Ignace.
D'après l'auteur du libelle, « Ignace s'était rendu à Montser- « rat et y avait reçu des conseils et une direction appropriée à « son état ; nul doute que le moine Chanones à qui le Saint lit « sa confession générale et qu'il garda comme directeur pendant « son séjour à Manrèse ne lui ait communiqué et commenté le « livre composé par le R. P. Garcia Cisneros, abbé de Mont- « serrât, X Exercitatorium sfiiritua/e.lgnaœ donc pour composer « son livre puisa largement dans l'œuvre de l'Abbé, et le livre « des Exercices ne serait au dire du libelle cité qu'une compila- « tion, un emprunt habilement fait d'ailleurs. » Une pareille affirmation, étant sans fondement, ne pouvait résister à un examen sérieux. La soutenir, c'était en effet s'inscrire en faux contre les affirmations personnelles de saint Ignace, contre les témoignages manifestes et répétés du P. Laynez, du P. Polanco et des autres compagnons du saint Fondateur ; c'était méconnaître à la fois, l'autorité de saint François de Borgia qui avait sollicité l'approbation d'une œuvre propre à saint Ignace et l'autorité plus haute du Saint-Siège qui avait solennellement approuvé le livre des Exercices.
Sans doute au temps où il composa son livre, Ignace était illettré : il ne pouvait donc être que très médiocrement versé dans la connaissance de l'Ecriture et des saints Pères qu'il cite fréquemment. Mais faut-il donc à Dieu de longues années et de grandes études préparatoires pour initier les âmes privilégiées aux mystères de la vie intérieure ? D'ailleurs le livre des Exercices ne sortit point d'abord tout achevé des mains de son auteur (7<5). Ignace ne cessa de le retoucher, de l'augmenter. En outre une simple comparaison suffit à faire tomber toute idée de plagiat. Les deux livres poursuivent, il est vrai, le même but et traitent nécessairement plusieurs sujets qui sont les mêmes ; mais les différences sont profondes et manifestes. Les méditations sur le fondement, sur le i-ègne de Jésus-Christ, sur les deux étendards ; les annotations et les additions, les règles sur le discernement des esprits, sur la manière de penser avec l'Église, etc., la méthode encore et le parfait enchaînement de l'ensemble et des moindres détails appartiennent en propre à saint Ignace. Rien de tout cela ne se retrouve dans le livre de Cisneros, et, en faisant la plus large part possible au vénérable Religieux de