XII PREFACE
règle de conduite de ceux qui ont hérité de son esprit et embrassé son Institut.
Si je mêlais à ce recueil les divers événements que nous fournit l'histoire contemporaine, je nuirais à l'intérêt et à la beauté de mon sujet, c'est-à-dire à l'unité, à l'enchaînement de l'ensemble, et à l'harmonie des parties. Aussi n'ai-je pas cru devoir négliger plusieurs circonstances peu importantes de la vie de saint Ignace, qui avaient échappé à ses premiers historiens, Ribadeneira, Orlandini et Maffei, ou qu'ils avaient supprimées à raison des temps où ils écrivaient. Si l'on désire ordinairement connaître les traits et la physionomie des grands hommes qui ont vécu pour la gloire et le bonheur de leurs semblables, si faute d'en avoir un portrait exact, on s'en forme une image idéale, d'après les traits connus de leurs vertus et de leur caractère, ne doit-on pas préférer à une peinture qui, après tout, ne nous retracerait que leur portrait, des pages où se dévoile l'intérieur de leurs âmes, où se montrent les diverses phases de leur existence intime, manifestées au-dehors par la variété de leurs actes et par les événements de leur vie ? Plin., lib. 35, c. 2.
Or, comme pour la parfaite ressemblance d'un portrait, il n'est pas une ligne ni un coup de pinceau, quelque léger qu'il soit, qu'on estime inutile, de même, en retraçant la vie des grands hommes, certains détails qui, pris isolément, offriraient peu d'intérêt, croissent en valeur et ont un mérite intrinsèque lorsqu'ils concourent à la formation d'une œuvre complète.
Pour appliquer sur-le-champ cette observation à saint Ignace, nous entendons le P. Louis Gonçalvès, qui avait vécu pendant un certain temps avec lui et l'avait attentivement observé, dire à Jean III, roi de Portugal, que le seul souvenir d'Ignace excitait plus fortement en lui le désir de la perfection, que la méditation la plus sainte et la plus élevée. D'autres, en racontant après la mort du Saint, ce qu'ils avaient vu de lui, pleuraient d'attendrissement et s'estimaient mille fois heureux d'avoir pu apprendre, sous un maître d'une si héroïque sainteté, la théorie et la pratique delà perfection.
Il ne me sera pas interdit, je pense, de mêler quelquefois aux mémoires historiques, anciens et fidèles, que nous possédons, certains traits qu'ils ne m'ont pas fournis, mais que j'ai rencon-