‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 40 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VII

« jeûnes, les larmes et la prière. En mémoire de cet événement, « à la gloire de Dieu et à l'honneur de la Compagnie de Jésus, « Jean-Baptiste-Cardona de Valence, évêque de Vich, et nommé « à l'évêché de Tortosa, a fait élever cette colonne pour témoi- « gner son attachement et son respect envers le saint Père et « envers son Ordre, et pour faire connaître qu'il considère « Ignace de Loyola comme un homme dont la haute piété « mérite le respect de toute la chrétienté. »

L'hôpital de Sainte-Lucie devint un collège de la Compagnie, les malades furent transportés dans un local plus commode, et la petite chambre, où le Saint avait eu jadis une extase de huit jours, fut transformée en chapelle. La caverne, témoin de si rudes austérités et de tant de visions, fut pavée et ornée autant qu'une simple grotte pouvait l'être sans perdre, avec son aspect rustique, la pieuse horreur qu'elle inspirait. On y exposa un beau tableau représentant le Saint dans l'état où on l'avait vu si souvent : la chevelure en désordre, le visage pâle et décharné, le corps vêtu d'un sac, nu-pieds, une chaîne de fer autour des reins. A genoux devant une image de Notre-Dame portant l'enfant Jésus dans ses bras, il tient les yeux fixés sur elle ; étendue sur une large pierre en saillie, la main droite paraît prête à écrire les exercices spirituels, sous la dictée de la Reine du ciel et de son divin Fils. On y lit ces paroles : Ici, en r année 1523, saint Ignace composa le livre des Exercices, le premier qui fut écrit dans la Compagnie ; il fut approuvé par une Bulle de Sa Sainteté Paul III (So).

Dans cette grotte, on vénère un crucifix qui, du temps de saint Ignace, se trouvait exposé à la dévotion publique, sur la route royale de Barcelone. Quelques années après il fut renversé, je ne sais comment, et Thomas Fadré, chanoine, le recueillit et le garda quelque temps chez lui. Puis, afin de lui rendre plus d'honneur, il le porta dans la grotte et le fixa à une fente du rocher, du côté de l'Epître, disant qu'un jour il serait un objet de vénération pour toute la contrée. Ces paroles d'un homme réputé grand serviteur de Dieu furent considérées comme une prophétie; elles commencèrent à se vérifier en 1627. La veille de la fête de saint Ignace, tandis que, dans une chapelle assez voisine de la grotte, on chantait les compiles et

que la grotte était remplie de pieux visiteurs, le sang se mit à couler frais et vermeil, comme d'un corps vivant, des pieds, des mains et du côté du crucifix (8l). Aujourd'hui, les fidèles se rendent à la grotte durant toute l'année, et les pèlerins qui vont à Montserrat, sanctuaire à trois lieues de Manrèse, ne manquent jamais d'y venir prier.

La peste sévissait à Barcelone : le port restait fermé. Ignace fut donc obligé d'attendre la cessation du fléau pour passer en Italie. Mais sa ferveur n'était pas oisive; il passait dans les hôpitaux et les prisons tout le temps que lui laissaient ses sept heures d'oraison quotidienne. Il soulageait les pauvres avec les aumônes qu'il avait lui-même mendiées pour eux. Son voyage ne semblait pas même l'occuper, bien qu'il ignorât les moyens d'en couvrir les dépenses ; on eût dit que Dieu était devenu son trésorier. Aussi le Seigneur multipliait-il pour son serviteur les preuves de sa miséricordieuse providence.

Un jour qu'Ignace assistait à un sermon au milieu d'un groupe d'enfants, une femme de qualité, nommée Isabelle Roser, aperçut son visage entouré d'une auréole lumineuse et entendit une voix intérieure qui lui répétait ces mots : « Appelez-le ». Elle connut en même temps que sous ces vêtements si pauvres se cachait un grand serviteur de Dieu. Cependant elle agit avec prudence et ne révéla qu'à son mari ce qu'elle avait vu et entendu. De leur commun consentement, Ignace fut amené dans leur maison. Là, sous prétexte de faire la charité à un pauvre, ils le reçurent à leur table. Souvent ils faisaient tomber la conversation sur les choses de Dieu. Le Saint, qui ne soupçonnait pas le pieux stratagème, s'abandonnait alors à tous les élans de sa ferveur ; ses brûlantes paroles enflammaient ses hôtes, et ceux-ci, reconnaissant plus que jamais l'esprit divin qui l'animait, se seraient estimés trop heureux de pouvoir le garder toujours chez eux. Mais Ignace était irrévocablement décidé à passer en Terre-Sainte, et à s'embarquer sans plus de retard sur un brigantin en partance pour l'Italie. Isabelle Roser (82) le conjura de ne pas risquer sa vie sur ce frêle bâtiment, alors qu'il pourrait en toute sûreté faire la traversée sur un bon navire prêt à appareiller. Elle ajouta qu'elle se chargeait des frais du passage. Dieu qui lui inspirait sans doute ces

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