‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 54 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IX

Il interrogea des témoins habituels de la vie d'Ignace, des auditeurs journaliers de sa doctrine. Ayant reconnu que cette vie et cette doctrine étaient irréprochables, il revint à Tolède sans avoir même vu Ignace. Il laissait pour successeur dans ses fonctions Jean Rodriguez de Figueroa, vicaire-général d'Alcala. Celui-ci, voulant paraître plus zélé, manda le Saint en sa présence, et lui apprit qu'il avait été l'objet d'informations secrètes. .

Elles avaient, il est vrai, tourné à son avantage, disait-il, mais une chose cependant n'avait pas plu, c'était la singularité des habits que lui et ses compagnons portaient. Pourquoi les avoir tous de la même couleur et de la même forme comme des religieux d'un même Ordre ? Le Vicaire ajouta qu'Ignace et ses compagnons devaient à l'avenir porter au moins des vêtements de couleur différente ; du reste, ils pouvaient continuer leur genre de vie ordinaire et travailler à la sanctification des âmes, comme par le passé. Il était facile de déférer aux volontés du magistrat ; Ignace et Artiega s'habillèrent en noir, Calixte et Cacerès prirent des vêtements de couleur brune, et le jeune François garda son premier costume et mit seulement une chaussure pour obéir à Figueroa. Celui-ci ne tarda pas à renouveler ses enquêtes, et à entendre de nouveaux témoins; mais il ne recueillit sur Ignace que des éloges. Il conçut donc pour lui un respect et une affection peu ordinaires ; toutefois un incident vint bientôt changer entièrement ses bonnes dispositions.

Parmi ceux qui aimaient à entendre les exhortations d'Ignace, se trouvaient deux dames de famille noble et toutes les deux veuves ; la mère s'appelait Marie del Vado, et la fille, Louise Velasquez. Ces pieuses femmes, désirant vivement faire de grandes choses pour se sanctifier, prirent la résolution de passer toute leur vie en pèlerinages, de parcourir tous les hôpitaux de l'Espagne et d'y pratiquer de grandes œuvres de mortification et de charité. Cependant, avant de mettre leur projet à exécution, elles voulurent avoir l'assentiment d'Ignace : loin de les approuver, celui-ci les reprit sévèrement et leur démontra, par les plus sages raisons, que des femmes jeunes encore, qui trouvent à peine leur sûreté dans la retraite, ne pouvaient, sans s'exposer à se perdre, entreprendre ce genre de vie aventureux:

l'ennemi de leur salut, leur faisait-il observer, ne cherchait à les soustraire à la surveillance de leurs amis, que pour les faire tomber plus facilement dans les pièges qui leur seraient préparés ; si elles désiraient s'adonner à des œuvres de mortification et de charité, il ne manquait à Alcala ni de malades, ni d'hôpitaux où elles pourraient les pratiquer avec autant de mérite et moins de dangers. Il parvint à les convaincre, et pour le moment elles abandonnèrent leurs projets.

Cependant la fin du carême approchait, et, comme elles désiraient passer ce temps le plus saintement possible, leur première idée se présenta avec plus de force dans leur esprit ; mais cette fois elles n'en parlèrent qu'à des confidents intimes.

Bientôt vêtues en costume de pèlerines et accompagnées seulement d'une domestique, Marie del Vado et Louise Velasquez se mirent en route à pied et mendiant. Quand on ne les aperçut plus dans la ville, on commença à parler diversement sur leur compte, jusqu'à ce qu'enfin ceux à qui elles s'étaient confiées, ayant dit hautement qu'elles n'avaient point pris la fuite et ne faisaient qu'un pieux pèlerinage, toutes les malédictions tombèrent sur Ignace.

Au premier abord, ses prédications seules semblaient avoir pu induire des femmes d'une conduite honorable à une si étrange et si dangereuse résolution : beaucoup de gens s'en irritèrent, mais surtout le docteur Pierre Ciruelos, sous la direction de qui elles étaient placées. Celui-ci éprouvait un mécontentement d'autant plus vif, que cette aventure était en réalité désagréable pour lui et dangereuse pour ces femmes.

N'était-ce pas une chose intolérable, répétait-il, de voir un ignorant, un mendiant, venu l'on ne sait d'où, bouleverser Alcala, sans que personne s'y opposât ! Il était temps d'abandonner un homme qui bientôt éloignerait les filles de leurs mères, les femmes de leurs maris, pour les exposer, sous un prétexte de piété, à la risée publique. Il fallait enfin mettre un terme à une telle audace, et enlever les moyens d'agir à un esprit inconsidéré qui, dépourvu de science et de prudence, ne pouvait en définitive que causer des scandales et amener des folies.

Toutes les affaires concernant les étudiants étaient portées

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