LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IX
quoique malade, à Alcala, et voulut partager sa captivité.
Ignace l'envoya sur-le-champ au magistrat, pour lui faire subir tous les interrogatoires qu'il jugerait convenables.
Cependant, le iS mai, quarante-trois jours (Io6) après leur départ, les trois pèlerines rentrèrent au logis. On les questionna à leur tour ; elles achevèrent de manifester l'innocence d'Ignace; mais avant même ce dernier examen le vicaire-général Figueroa avait cru devoir apporter quelque consolation au saint prisonnier ; il y mêla pourtant des réserves d'une sévérité déplacée. Il se rendit donc à la prison, pour savoir d'Ignace même s'il avait eu quelque part au pèlerinage des trois femmes (IO?).
Sur sa réponse précise et sincère, mais négative, Figueroa lui mit la main sur l'épaule et lui dit en souriant : « Allons, pre- « nez courage, car cette accusation seule vous retenait ici : « toutefois, il vaudrait mieux pour vous que vos discours fus- « sent moins empreints de nouveauté, et j'en serais plus « satisfait. »
Ignace, entendant parler ainsi un homme, dont le devoir était de soutenir ses efforts pour procurer le bien des âmes, loin de les condamner, lui répondit d'un air à la fois grave et modeste : « Je n'aurais pas cru que parler de Jésus-Christ à des chré- « tiens pût être traité de nouveauté. » Et sans se permettre un mot irrévérend à son égard, il ajouta plusieurs choses qui le confondirent et lui firent monter la rougeur au front.
Il fallut encore douze jours pour terminer cette affaire; ce ne fut que le premier juin 1527, que le vicaire-général prononça une sentence d'absolution déclarant la vie et la doctrine d'Ignace exemptes de tout reproche; il ordonnait seulement, pour de justes raisons, à Ignace et à ses compagnons de revêtir, dans le délai de dix jours, le costume des autres étudiants ; de plus, il leur interdit toute instruction publique, ou exhortation particulière avant d'avoir achevé trois années d'étude et fini leur cours de théologie ; et cela sous peine d'excommunication et de bannissement du royaume. Ignace baissa la tête, en signe de respect, et reçut ces ordres comme venus de Dieu lui-même; il répondit seulement que, pour ses vêtements, il obéirait en quittant la tunique; mais qu'il ne pouvait se tenir comme les
Histoire de S. Ignace de Loyola. 8