‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 57 sur 168 · HISTOIRE DE SAINT IGNACE DE JLOYOLA · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SAINT IGNACE DE JLOYOLA

autres étudiants, parce qu'il ne possédait rien au monde, et ne se procurait qu'en le mendiant chaque jour, le peu de pain nécessaire à sa subsistance.

Le vicaire-général le recommanda alors à un personnage de qualité, nommé Luzena, dont la réputation de charité était grande dans Alcala. Celui-ci accompagnait Ignace lorsqu'il allait mendier par la ville. Ils arrivèrent, un jour, près de la maison de Lopez Mendoza, où beaucoup déjeunes gens s'étaient réunis pour jouer à la paume : un grand nombre de spectateurs entouraient les joueurs ; Luzena s approcha et demanda la charité. Lopez, déjà irrité de quelques avis qu'Ignace lui avait donnés jadis, sur sa vie peu régulière, s'écria : « N'est-il pas « honteux, pour un homme d'honneur comme vous, d'aller men- « dier ainsi pour un misérable hypocrite tel que celui-ci : que je « meure par le feu, s'il ne mérite pas d'y être condamné (lo8) ! »

Cette apostrophe remplit d'erfroi tous les témoins de cette scène ; elle ne tarda pas à circuler dans la ville comme un véritable scandale, mais pour le malheur de celui qui l'avait lancée. Dieu lui-même sembla accepter ce défi impie et en faire tomber sur la tête du coupable les horribles conséquences. Ce jour-là même, on apprit à Alcala la naissance du prince, qui fut depuis Philippe II, et l'on se mit aussitôt aux préparatifs de grandes réjouissances. Lopez, monté sur la plate-forme de son palais,avec un page et un esclave, se préparait à tirer des coups d'arquebuse ; soudain une étincelle dirigée par la colère divine, vola sur un dépôt de poudre et y mit le feu. La flamme enveloppa le malheureux Lopez, qui, poussant des cris de désespoir, courut au bas de la tour se jeter dans un réservoir plein d'eau.

Il y expirait quelques instants après. Ainsi le châtiment suivit de près le crime, et la colère divine vengea l'outrage fait à Ignace.

Celui-ci vit alors ce que saint Augustin appelle un grand spectacle : Dieu même armé pour sa défense ; Magnum spectaculum, Deum armatum pro te. L'observateur attentif découvrira dans ce fait un double coup de la Providence. En vengeant l'honneur de son fidèle serviteur, Dieu effaçait du même coup l'impression fâcheuse produite, non seulement par les imprécations de Lopez, mais encore par les injustes procédés du vicaire-géné-

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