‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 6 sur 168 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

Si, en fixant les regards sur un objet matériel, Vœil de l'âme pouvait atteindre et pénétrer à l'aide de la raison, ce que l'œil du corps n'aperçoit que de loin, il ne se serait pas trouvé des philosophes assez matérialistes pour arriver à dire que les planètes et les étoiles sont des animaux dont les cietix sont les étables (Lactant., De orig. error., cap. 5) : mais au contraire, en considérant la grandeur, l'ordre immuable des sphères célestes et l'harmonie de leurs mouvements, ils auraient révéré la sagesse, le génie, la puissance du divin ouvrier qui avait su imprimer à ces immenses globes une telle rapidité et prescrire à leurs inégales révolutions, des règles d'une si parfaite exactitude. Ainsi, l'homme qui voit de loin un Institut religieux, établi d'après les plans divins, comme ce temple dont Dieu fit jadis connaître à David l'entière ordonnance, cet homme, dis-je, devrait juger d'après le but auquel vise cet Institut, et d'après la convenance des moyens employés pour atteindre ce but. Ainsi, d'après l'enchaînement des diverses parties, il saisirait la beauté de l'ensemble. Que diriez-vous d'un homme à la vue si courte qu'il pourrait d'un même coup d'œil apercevoir à peine un ou deux fragments d'une belle mosaïque? « Ne serait-il pas, dit « saint Augustin, vraiment mal venu à condamner l'artiste « comme manquant d'art dans la conception et l'ordonnance de « son sujet ? S'il n'y découvre que désordre, c'est qu'il ne peut « en embrasser l'ensemble d'un seul regard. Vituperaret artifi- « cent, velut ordinationis et compositions ignarum, eo quod varie- « tatem lapillorum perturbatam putaret, a quo illa emblemata, « in uniiis pulchritudinis faciem congruentia, simul cerni, collus- « trarique non possent. » De Ord., lib. v, c. 1.

C'est pourtant ainsi, qu'avec tant d'autres, le calviniste Lermée jugeait la Compagnie, lorsqu'après avoir condamné en elle la réunion de la vie active et de la vie contemplative, il ajoutait que la seule Compagnie de Jésus se compose alternativement de sévérité et de douceur, de discipline et de relâchement, etc. Sola Societas JE SU, omnium professionum severitatem, amœnitatem, disciplinant, laxitatem, paupcrtate7?i, opes, usus, abusus, complexa est.

J'ai donc eu raison d'entreprendre de faire connaître en détail ce qui, comme on en jugera par les faits, n'a besoin, pour se

PRÉFACE

justifier, que de se montrer au grand jour. C'est là rendre à saint Ignace l'hommage dû, dit saint Grégoire de Nazianze, au mérite d'un ouvrier ; c'est montrer son ouvrage à celui qui ne le connaissait pas.

Ainsi parle Urbain VIII dans la Bulle de canonisation de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. « Un homme vraiment choisi par le Seigneur pour être leur « chef afin qu'ils portent son très saint nom devant les nations et « les peuples et amènent les infidèles à la vraie foi, réunissent « les hérétiques à l'Église et défendent l'autorité de son Vicaire « sur la terre. »

Vir vere, quem prœelegerat Dominus, ut eorum dux foret qui portarent ejus sanctissimum nomen coram gentibus et popu- /is, et infidèles ad verœ fidei cognitionem inducerent, et rebelles hœreticos ad illius unitatem revocarent, suiqtte in terris vicarn auctoritatem defenderent.

Daniel Bartoli, S. J.

Conformément aux décrets d'Urbain VIII, du 13 mars 1645 et du 5 juin 1631, nous déclarons que les grâces, les révélations et les faits merveilleux racontés dans ce livre et non approuvés par le Saint-Siège n'ont qu'une autorité purement humaine.

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Ihtore premier. — Chapitre premier.

Famille, naissance, caractère de saint Ignace. — Saint Ignace est choisi de Dieu pour fonder la Compagnie de JÉSUS, combattre les nouvelles hérésies, convertir les Indes. — Il embrasse la carrière des armes. — Sa blessure.

ANS cette partie de l'ancienne Cantabrie qu'on nomme aujourd'hui le Guipuzcoa, et qui s'étend au nord, le long de la mer, entre les Pyrénées et la Biscaye, deux familles nombreuses, les familles de Balda et d'Onaz, tenaient un rang distingué parmi les plus anciennes et les plus illustres de la contrée. Depuis des siècles, elles possédaient des titres de seigneurie et jouissaient, dans le pays, d'une prépondérance marquée : un grand nombre de leurs aïeux s'étaient illustrés, dans les lettres et par les armes. L'alliance d'un héritier d'Onaz et de l'héritière de Loyola réunit les deux maisons qui se trouvèrent représentées en ligne directe par Don Bertrand d'Onaz et de Loyola ('). Don Bertrand, chef de la famille, avait eu treize enfants, cinq filles et huit garçons, de Dona Marina Saenz de Licona son épouse.

Ignace (2), le dernier des huit enfants, naquit en 1491 sous le pontificat d'Innocent VIII et le règne de l'empereur Frédéric III. Il avait reçu de la nature les inclinations que donne la noblesse du sang : de la grandeur d'âme, de l'élévation dans la pensée, de l'ardeur pour la gloire, de l'aptitude pour tous les exercices chevaleresques, une grâce charmante dans les manières, enfin toutes les qualités et tous les mérites qui

Histoire de S. Ignace. I

doivent distinguer un jeune homme de haute naissance. A voir tous ces avantages, son père le jugea fait pour la cour, et l'y envoya tout jeune encore, en qualité de page de Ferdinand, roi de Castille (3). Mais Dieu, en donnant à Ignace ce caractère et cette trempe d'âme, avait sur lui de plus grands desseins ; des dons si rares allaient, un jour, servir d'instruments à la grâce pour des vues bien différentes de celles que se proposaient et le père et le fils.

Il est certain, et Ignace le répétait souvent dans la suite (4), que ceux qui paraissent destinés à obtenir les plus brillants succès dans le monde, sont ordinairement les plus propres aux grandes entreprises pour le service de Dieu. Il en fut lui-même un exemple frappant. Sa constance intrépide, qui pour des motifs humains lui faisait endurer les plus terribles douleurs, se changea en une patience inaltérable à supporter les rigueurs de la plus austère pénitence. Sa grandeur d'âme, dédaigneuse des pensées et des affections vulgaires, se porta tout entière vers l'accroissement de la gloire de Dieu ; et cette généreuse intrépidité, qui l'avait dirigé vers le métier des armes, lui fît entreprendre plus tard de former, sous le titre militaire de Compagnie, un nouvel ordre religieux dont le but spécial devait être la défense de la foi et l'extension de la puissance et de la gloire de l'Eglise.

Ici s'offre l'occasion de faire observer, avec des Souverains Pontifes, d'illustres Prélats et de nombreux écrivains, que, parmi tous les caractères distinctifs de saint Ignace, il en est un personnel et unique. Dieu enleva ce vaillant soldat à la milice séculière pour en faire le chef d'une nouvelle milice qui, avec d'autres armes et dans un autre çenre de combats, devait tout à la fois servir l'Eglise par ses travaux et la défendre contre ses ennemis, contre le schisme désastreux de Henri VI 1 1, en Angleterre, contre l'apostasie de Luther en Allemagne, contre la rébellion de Calvin en France (5). Bien plus, pour réparer les pertes subies par l'Église en Europe, il devait étendre la foi dans les Indes, au sein des immenses possessions des deux couronnes de Castille et de Portugal. Cette conduite avait été celle de Dieu dès les premiers siècles de l'Eglise. S'élevait-il des hérésiarques, sur-le-champ, Dieu suscitait, tantôt des hommes habiles, tantôt

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