‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 61 sur 168 · LIVRE SECOND. — CHAPITRE T · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — CHAPITRE T

épreuves semées partout sous leurs pas, devinrent bientôt trop lourdes à leur vertu novice. Ils abandonnèrent Ignace ; chacun d'eux s'en alla de son côté.

Calixte fit d'abord un pèlerinage en Palestine. Satisfait de cet acte de piété, il entra dans le commerce et navigua vers les Indes. Il mourut pauvre marchand dans un pays, où, disciple de saint Ignace, il aurait pu devenir un apôtre comme François Xavier.

Pour obtenir un évêché, Arriaga passa en Amérique. Au moment où il parvenait à son but, il fut emporté par un poison qu'il prit par mégarde.

Jacques Cacerés revint à Ségovie, sa patrie (6). Là, il ne sut point résister aux séductions et devint bientôt un homme très mondain. Mais le monde ne s'occupa pas plus de lui qu'il ne s'occupait lui-même de Dieu. Traité d'espion et jeté dans les prisons en Angleterre, en France, au camp de l'empereur Charles-Quint, il s'évada deux fois ; puis à la suite d'une troisième tentative, il s'attira de cruels traitements dont il se ressentit misérablement toute sa vie.

Le Français Jean, le plus jeune des quatre, resta du moins fidèle à Dieu et à la piété : il prit même l'habit religieux.

Cependant Ignace ne réussit pas mieux tout d'abord dans le choix de nouveaux collaborateurs. Ces autres disciples furent Jean de Castro, homme d'un esprit solide, docteur en Sorbonne, Peralta étudiant, et un jeune Biscayen de la famille des Amador. Ignace les avait attirés à Dieu par la pratique de ses Exercices.

Cette retraite produisit sur eux son effet ordinaire, c'est-àdire un grand changement de vie. Tous les trois vendirent leurs biens, en donnèrent le prix aux pauvres, et se retirèrent à l'hôpital Saint-Jacques, où, livrés à de longues méditations, ils se disposaient à adopter un genre de vie digne de si beaux commencements. Mais le monde, qui voit tout des yeux de la chair, ne reconnut dans une conduite si héroïque qu'une solennelle folie : des jeunes gens nobles et riches déshonorer leurs pays et leur famille, en mendiant comme des misérables ! Bientôt des amis les circonviennent, leur prodiguent conseils et reproches, s'efforcent par tous les moyens de les ramener à ce

qu'ils appellent le bon sens. Mais la grâce de Dieu avait jeté dans leurs cœurs de trop profondes racines pour céder à ce premier effort tenté contre elle.

Les nouveaux convertis répondirent qu'eux aussi avaient jadis considéré les choses célestes avec des yeux profanes ; néanmoins, grâce aux leçons d'Ignace, leur aveuglement était guéri : « Si vous voulez l'entendre, ajoutaient-ils, peut-être « désirerez-vous aussi vous associer à lui ; mais du moins, s'il ne « vous plaît pas de nous imiter, cessez de nous troubler. »

Désespérant de leur faire changer de résolution par la persuasion, ces mêmes amis eurent recours à la violence. Des hommes armés, traînant les disciples d'Ignace hors de l'hôpital, les ramenèrent à leur ancien logement, et les obligèrent de se vêtir honorablement. Ils obtinrent qu'ils vivraient, au moins extérieurement, comme tout le monde, jusqu'à la fin de leurs études, c'est-à-dire jusqu'à leur retour en Espagne. C'était là une première concession ; ce ne fut pas la dernière.

La ferveur des néophytes se refroidit. Quelques mois plus tard, Ignace et sesdisciplesse séparaient. Les nouvelles semences, sans avorter entièrement, ne pouvaient porter les fruits que le Saint en avait attendus. Devenu plus tard prédicateur, Jean de Castro ne voulut pas que les exhortations à la persévérance, qu'il adressait aux autres, fussent un constant reproche de son instabilité ; il prit l'habit de Saint-Bruno, à la chartreuse de Valence. Nous aurons occasion de parler encore de lui dans la suite de cette histoire.

Peralta entreprit le voyage de Terre-Sainte; mais il rencontra, en Italie, un de ses parents, capitaine de renom, qui le fit conduire à Rome. Le pape lui ayant défendu de continuer son voyage, il retourna en Espagne. Quant au jeune Biscayen, on ne sut jamais ce qu'il était devenu.

Mais voici qu'une nouvelle tempête s'élevait contre Ignace. On renouvela les anciennes accusations. Il se servait, disait-on, de magie et de sortilège, pour égarer l'esprit de ses auditeurs. Parmi ses adversaires avoués, se distinguaient deux hommes marquants, tous deux docteurs: Pierre Ortiz et Jacques Govea. Le premier s'était très attaché à Jean de Castro et à Peralta ; le second aimait beaucoup le jeune Amador, son élève. Leurs

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