‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 78 sur 168 · LIVRE SECOND. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — CHAPITRE V

nous voir plus maltraités que Job ne le fut jamais. On nous défend même de nous justifier. On nous dit, comme disait saint Grégoire de Nazianze au philosophe chrétien : « Présentez « non seulement la joue gauche à qui aura frappé la droite, mais « encore une troisième si la chose est possible». Ainsi donc, si nous élevons la voix on nous appelle vindicatifs; si nous nous taisons, nous nous avouons coupables. Notre silence alors n'est point imputé à la patience qui refuse de se défendre, mais à la confusion qui ne le peut pas.

Je ne saurais m'arrêter aux impuissants efforts tentés par Gabriel Lermée, par Simon Misène, par Élie Hasenmuller, par Rodolphe Hospinien, par Pascal et par Arnaud, pour ternir la gloire de saint Ignace et rabaisser le mérite de ses enfants. Leurs censures ont je ne sais quoi de puéril qui répugne à l'homme de sens et de goût, et les motifs de leur rage sont tellement évidents, qu'ils ne sauraient tromper personne.

D'autres fois, la haine s'est manifestée d'une manière singulière. Dans une vie récente de sainte Thérèse (3°), on a écarté soigneusement soit à dessein, soit par mégarde, tous les témoignages de cette grande sainte en faveur des fils de Saint-Ignace; elle qui avoue si hautement avoir reçu aide et protection, pendant quatre, six, dix et douze ans, des Pères Ripalda, Balthasar Alvarez, Jérôme Pérez, Gilles Gonzalez, et pendant plus longtemps du P. François Ribera, l'auteur d'une vie de la sainte, digne d'elle et digne de lui ; tous membres de la Compagnie !

Même observation pour le grand archevêque de Milan, saint Charles Borromée (3I). Dans une nouvelle vie, plus étendue que les précédentes, il n'est pas dit un seul mot sur ses rapports avec la Compagnie, et sur les services que le Saint en avait reçus, pour sa propre perfection et pour la réforme de son diocèse. Cependant ces mêmes détails se trouvaient dans les premières histoires, composées, publiées par des auteurs contemporains de saint Charles et témoins oculaires des faits rapportés (32).

D'où viennent donc ces réticences ? Est-ce là écrire l'histoire? est-ce surtout être agréable aux saints, qui, semblables à de grands arbres, abaissent du haut du ciel leurs rameaux chargés de fruits vers la terre, vers ces racines cachées, d'où ils ont tiré le suc et les aliments qui les ont produits ? Il y a, en effet, dans

ces glorieux aveux des Bienheureux, quelque chose de doux qui console et élève tout à la fois. C'est ainsi que les yeux se remplissent de larmes, que le cœur se dilate de joie, en lisant ces paroles de sainte Thérèse. Elle écrivait à Christophe Rodriguez de Moya, à propos de certains jésuites : « Toutes les personnes « spirituelles ne me contentent pas pour nos monastères, mais « seulement celles que ces Pères dirigent; et telles sont presque « toutes celles qui composent nos communautés ! Je ne me soutiens même pas en ce moment d'en avoir reçu aucune qui « ne soit leur fille spirituelle, parce que ce sont celles qui nous « conviennent. Comme ces Pères ont élevé mon âme, Notre- « Seigneur m'a fait la grâce que leur esprit se soit implanté dans « les monastères que j'ai établis. Si vous avez connaissance des « règles, vous verrez que sur beaucoup de points nos constitu- « tions sont conformes aux leurs. Le désir qu'ont vos demoi- « selles de se voir sous la juridiction des Pères de la Compagnie « de Jésus, je l'ai eu aussi ; j'ai voulu leur soumettre cette mai- « son, et j'ai fait des démarches dans ce but. Je sais avec une « entière certitude, qu'ils n'accepteront la direction d'aucun « monastère, pas même de celui de la princesse. Je rends de « véritables actions de grâces à Notre-Seigneur, de ce que nous « sommes de tous les Ordres celui qui jouit d'une plus grande « liberté pour traiter avec les religieux de la Compagnie, liberté « que nul ne nous enlève maintenant, et qui ne nous sera jamais « enlevée. Avila, le 28 juillet 1568 (33). »

Pour ma part, je suis heureux, je l'avoue, d'avoir mentionné les leçons que saint Ignace reçut de Don Jean Chanones, religieux de Saint- Benoît, de quelques religieux de l'ordre de Saint- Dominique, ses directeurs à Manrèse, des Pères Franciscains, Jacques d'Alcantara et Théodore, tous deux ses confesseurs, l'un à Barcelone et l'autre à Rome. J'ai rapporté tout ce que je savais sur ce sujet, voulant remplir ainsi mon devoir d'historien et in'assurer la bienveillante approbation du Saint. Mais les insultes ne nous sont pas venues seulement d'un Chemnitz, d'un Osiander, d'un Lermée, d'un Hospinien.d'un Lauser, d'un Cambilon, d'un Misène, etc., les uns apostats, les autres hérétiques et d'autres tout cela à la fois.

« Heureux Jésuites, pourrions-nous dire avec Stanislas Res-

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