‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 82 sur 168 · LIVRE SECOND. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — CHAPITRE VI

d'affirmer que saint François Xavier avait toujours été prêtre séculier, et n'avait jamais fait de profession religieuse. Certes, ce serait abuser de la patience de nos lecteurs que de nous arrêter à pareille chicane, cependant, comme elle fut répétée jusque dans la chaire chrétienne, nous croyons devoir en donner ici une réfutation facile.

On avait vu les Souverains- Pontifes donner à Xavier le titre de nouvel apôtre des Indes, autant pour l'éclat de sa sainteté, que pour ses œuvres admirables. On avait entendu parler de tant de royaumes où il avait le premier porté la lumière de l'Évangile, du nombre prodigieux d'infidèles qu'il avait baptisés de sa main, du don des langues qu'il avait reçu, des continuels miracles par lesquels il plaisait à Dieu de glorifier son serviteur: tout cela faisait rejaillir sur la Compagnie une splendeur qui offusquait certains yeux. Il fallait jeter quelques doutes sur un fait jusqu'alors indubitable. Si l'on ne réussissait pas à tromper le plus grand nombre, du moins la bonne foi de quelques-uns se laisserait surprendre. C'est là d'ailleurs tout ce que pouvaient espérer ces semeurs de mensonges.

Mais où trouver des preuves capables de rendre plus manifeste une vérité déjà si notoire ? car il y a des choses par ellesmêmes si claires, si indubitables, qu'elles peuvent se comparer à la lumière : on tenterait vainement de les prouver à quiconque en nierait l'existence.

Qui pourrait le nier en effet ? Ignace n'avait-il pas donné à Xavier la charge de Provincial dans les Indes ? Ne lui ordonnat-il pas en vertu de son vœu d'obéissance de revenir en Europe ? Xavier ne se glorifiait-il pas d'être membre de la Compagnie, et ne rend-il pas grâces à Dieu de cette faveur dans un grand nombre de lettres ? Suivant le droit de sa charge ne gouvernaitil pas sa province, soit en y admettant de nouveaux sujets, soit en en renvoyant les religieux indignes, et même des supérieurs? Ne sait-on pas qu'il renouvelait chaque matin ses vœux de religion ? qu'il portait dans son reliquaire, avec le nom d'Ignace, détaché d'une lettre, avec un petit os de l'apôtre saint Thomas, la formule de sa profession solennelle écrite de sa propre main, selon l'usage de la Compagnie ? Qui oserait nier tous ces faits ?

Quant aux fonctions de nonce apostolique, peut-on douter

qu'il ne les ait remplies, quand on lit les brefs apostoliques lui conférant cette dignité ? Les uns déclarent expressément avoir écrit ces lettres afin de communiquer à Xavier les pouvoirs d'exercer sans opposition, soit en Ethiopie, s'il y était allé, soit aux Indes, les ministères propres à la Compagnie, c'est-à-dire la .prédication, l'administration des sacrements, en un mot, tous les moyens dont elle se sert pour procurer le salut des âmes. De plus, Salmeron et Codure, deux des premiers compagnons de saint Ignace, furent également nommés, par Paul III, nonces apostoliques, en mars 1540, six mois avant que la Compagnie fût érigée par ce même souverain pontife en Ordre religieux. Avant l'année suivante, Salmeron partit pour l'Irlande, lieu de sa destination, avec Paschase Broët, nommé nonce en remplacement de Codure, mort dans l'intervalle. Cela les empêcha-t-il de faire leur profession solennelle à Rome ? ou, pour la faire, demandèrent-ils une permission spéciale du pape ? ou reçurent-ils à ce sujet, un nouveau bref? Répondra-t-on que le Souverain Pontife, en les désignant expressément dans la Bulle d'érection, leur donnait par là même une dispense tacite et virtuelle de cette profession solennelle, et que Xavier, y étant aussi expressément nommé, participait par le fait même à cette dispense ? Mais que vaut cette échappatoire, s'il est prouvé que Xavier était religieux profès de la Compagnie, avant même d'être nonce ? Or, ce fait est incontestable.

Ignace reçut de Paul III l'ordre d'envoyer en Portugal, pour de là passer aux Indes, deux de ses compagnons, à son choix, au lieu de six qu'en demandait Jean III. Il choisit Simon Rodriguès et Nicolas Bobadilla ; mais, comme Xavier était destiné de Dieu à devenir l'apôtre de ces contrées lointaines, Bobadilla, attaqué d'une rude et longue maladie, ne put entreprendre ce voyage. Ignace envoya donc à sa place François Xavier. Ordre lui en fut donné le 15 mars, et, le jour suivant, il partait. Mais comme alors on attendait chaque jour de l'autorité apostolique l'érection de la Compagnie en Ordre religieux, avant de quitter Rome, Xavier consigna par écrit les dispositions suivantes.

D'abord, il souscrivait d'avance à toutes les règles et constitutions que saint Ignace et ses compagnons, restés à Rome, établiraient ; il les approuvait et promettait de s'y conformer

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