LIVRE SECOND. — CHAPITRE VI
entièrement. En second lieu, il donnait sa voix à Ignace, en vue de l'élection du Général. Enfin il s'engageait dès lors, par les vœux de religion, pour le temps où l'Ordre serait reconnu, et chargeait Jacques Laynez de donner connaissance de cet écrit, en son absence. Nous possédons encore le manuscrit dans nos archives, à Rome ; j'en traduis de l'espagnol la dernière partie... « Lorsque la Compagnie sera reconnue, dit-il, et que le Général « sera élu, je m'engage aujourd'hui, pour ce temps-là, à une « perpétuelle obéissance, à la pauvreté et à la chasteté. Je prie « mon très cher père en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Jacques « Laynez, pour le service de Dieu notre souverain Seigneur, de « présenter, en mon absence, cet écrit et ces trois vœux de reli- « gion au chef qui sera élu ; et, de ce moment, je m'engage à « les observer. En foi de quoi j'ai signé de ma main le présent « écrit. Fait à Rome, le 15 mars 1540, François. »
Nous allons démontrer maintenant que la Compagnie était érigée en Ordre sept mois avant la nomination de Xavier à la dignité de nonce.
Je retrouve quatre brefs de Paul III, relatifs à la nonciature de François Xavier et à celle de Simon Rodriguès nommé en même temps que lui.
Le premier, expédié le 2 7 juillet 1540, est adressé à Jean III, roi de Portugal, avec pouvoir de le garder ou de le communiquer suivant qu'il lui conviendrait, ou non, de retenir les deux Pères en Portugal. Xavier et Rodriguès sont déclarés nonces du Saint- Siège, autorisés à prêcher l'Evangile, à expliquer les Écritures, etc., etc.
Le second, du 2 août de la même année, leur confère quelques nouveaux pouvoirs, comme, de réconcilier les hérétiques avec l'Église, de dispenser des irrégularités, etc. Les deux derniers, datés du 4 octobre, ne contiennent que les recommandations du Pontife, à l'empereur d'Ethiopie et aux rois des Indes, en faveur des deux nonces.
De tout ceci, il résulte manifestement que Xavier ne fut point créé nonce en quittant Rome, puisque les brefs de nomination ne furent expédiés que quatre ou cinq mois après son départ. De plus le roi, libre, comme je l'ai déjà dit, de remettre ou de garder les brefs, ne les lui donna, en effet, que dans l'audience de congé,
Histoire de S. Ignace de Loyoia. 12
avant son embarquement pour les Indes, le 7 avril 1 54 1, sept mois après l'érection de la Compagnie en Ordre religieux. Voilà ce qu'affirment unanimement tous les historiens.
Nous lisons de plus dans une lettre, écrite tout entière de la main de Xavier, et signée par Simon Rodriguès, à qui elle était commune, qu'en apprenant la constitution définitive de la Compagnie en Ordre, il fit sa profession.
Mais qu'ai-je besoin de nouvelles preuves, quand j'ai sous les yeux la déclaration de ce même Souverain- Pontife, par qui Xavier avait été créé nonce apostolique. Il le compte, avec neuf autres Pères parmi les premiers membres de la Compagnie, dans la Bulle : Regimini militantis Ecclesiœ ; et dans une seconde, Injunctum nobis, de 1543, époque où Xavier était déjà dans les Indes, il le cite de nouveau avec tous les autres, et les nomme collectivement religieux de la Compagnie de Jésus. Cette même déclaration se trouve dans une Bulle de Jules III, Exposcit debitum, de 1550. Si nous en appelons au jugement de Souverains Pontifes plus rapprochés de nous, nous trouvons Grégoire XV, qui entend et approuve en consistoire la relation où le cardinal François Maria del Monte, affirme et prouve, par les actes de canonisation, que François-Xavier était religieux et soumis aux ordres de saint Ignace.
Enfin, et ceci équivaut à une sentence publique, le Martyrologe Romain fait mémoire de ce saint en ces termes formels... Dans l'île de Sancian, la mort de saint François Xavier de la Compagnie de Jésus, apôtre des Indes. In Sanciano Sinarum insida S. Francisci Xaverii Societatis Jesu, fndiarum aposloli. — Si nous avons insisté sur ce sujet, c'est plutôt afin de mettre à découvert la mauvaise foi de nos adversaires, source si féconde en mensonges, que dans le but de prouver une vérité trop évidente, pour avoir besoin d'être démontrée.
Une circonstance qui n'a pas peu contribué à soulever contre la Compagnie de violents orages, c'est la perversité des apostats et des membres expulsés de son sein. Plusieurs d'entre eux vivaient avec nous dans la Compagnie, mais n étaient pas des nôtres (45). Tandis qu'ils en étaient membres, ils s'y attachaient en proportion des avantages attendus ; mais, leurs espérances une fois évanouies, ils se sont faits accusateurs de ceux qu'ils