LIVRE SECOND. — CHAPITRE VII
« miers chrétiens. Malheur à la Compagnie de Jésus, quand les « combats et les persécutions lui manqueront ! Je vous supplie « de prier Dieu, avec l'ardeur d'une parfaite charité, de ne pas « nous punir tous de la faute d'un seul, ce que je crains plus que « tout autre malheur, etc. Lisbonne le 31 mars 1556 (5I). »
Le P. Simon Rodriguès, un des premiers compagnons de saint Ignace, a signalé, dans un écrit, l'appui que nous sommes assurés de trouver dans la Mère de Dieu (52). Nos premiers Pères fondèrent la Compagnie au jour solennel d'une de ses fêtes et dans une église consacrée à son culte ; ils la prirent pour la Patronne spéciale de leurs œuvres futures. Aussi, semble-t-il, en vérité, que dès ce moment il se soit établi comme un courant mutuel de dévotion tendre, d'attachement sincère d'une part, de secours efficaces et de manifestations providentielles de l'autre ! Entre Notre Dame et la Compagnie, ce n'est pas seulement la reconnaissance respectueuse des serviteurs pour une bonne maîtresse, c'est plus encore l'union affectueuse et indissoluble qui règne entre une mère et ses enfants.
Qu'on songe un instant à cette multitude déjeunes gens placés dans nos collèges sous l'égide tutélaire de Marie ! Quels fruits pour la vie ! quelles profondes racines la piété ne jettet-elle point dans les cœurs, quand surtout aux jours consacrés à la Reine des Anges, on voit nos élèves approcher des sacrements, visiter les hôpitaux, distribuer en secret l'aumône, pratiquer les œuvres de charité et de pénitence dont leur âge est capable !
La Reine du ciel peut-elle rester insensible à ces hommages, et ne pas aimer, favoriser, défendre une Compagnie qui se consacre et se dévoue ainsi à embellir sa couronne et à procurer la gloire de son Fils. Tant de livres imprimés (53), tant de discours prononcés par les enfants de saint Ignace, ne sont-ils pas autant d'appels à la protection de Marie, autant de liens qui touchent, captivent et enchaînent son cœur maternel ? Lorsque à la veillée d'armes de Montserrat, Marie accepta Ignace pour chevalier ; quand Marie reçut cette épée dont le noble Castillan avait voulu percer l'infidèle Maure qui insultait à son incomparable privilège de la virginité dans la maternité, elle lui remit en échange un glaive d'une trempe plus fine, glaive destiné à un plus noble usage. J'entends parler du glaive de la parole et de la plume, si
habilement manié par les Pères Canisius, de Torrès, Richeome, Coton, Pelletier (S4), le docteur de la Vierge et par tant d'autres. Tous ont vaillamment combattu pour la gloire de Marie contre certains hérétiques de leur temps, acharnés à en obscurcir l'éclat. Je n'en veux signaler ici plus amplement que deux de ces grands serviteurs de Marie. Le P. François de Torrès, éminent théologien, parvint, grâce à ses laborieuses et savantes recherches, à faire rétablir, dans le calendrier ecclésiastique, la fête de la Présentation de la sainte Vierge. De son côté, le P. François Suarez, malgré des contradicteurs nombreux et obstinés, établit que Marie surpasse en mérites tous les prédestinés ensemble : admirable thèse inspirée au grand théologien par le P. Martin Guttierez (55), à qui Marie elle-même daigna exprimer sa reconnaissance.
Les bienfaits de la Mère de Dieu envers la Compagnie, prouvent manifestement qu'elle considère les enfants de saint Ignace comme siens. Et d'abord, il est certain que nous lui devons en grande partie notre fondateur : Ignace fut redevable à Marie de sa conversion, et de cette pureté angélique qu'il a léguée, ce semble, comme un précieux héritage à ses fils. N'est-ce pas l'effet d'une protection merveilleuse, que, mêlés comme nous le sommes à tous les rangs, à tous les âges, le lis des enfants de la Compagnie soit toujours resté immaculé. Sur de lointaines plages, au sein d'une corruption barbare et d'une sauvage dégradation, on nous a vus surmonter tous les pièges de la concupiscence ; et dans nos brillantes cités européennes, où le luxe étale ses splendeurs et le monde ses séductions, personne n'a pu nous accuser, du moins avec vraisemblance, de céder à l'attrait des passions. A qui donc attribuer une faveur aussi extraordinaire, si ce n'est à cette Vierge immaculée dont la prière obtient toujours de son divin Fils, des grâces d'autant plus précieuses, qu'on lui témoigne une confiance plus vive et un amour plus ardent ?
Ignace grandit sous les yeux et comme sur le sein maternel de Notre-Dame. Les fréquentes apparitions dont Marie le favorisa, soit seule, soit avec son divin Fils, témoignent assez de son tendre amour pour elle. En revêtant pour la première fois son habit de pénitent, Ignace garda sur son cœur deux objets chers entre tous : un crucifix et une image. Il fit don du crucifix, comme