LIVRE SECOND. — CHAPITRE VIII
jadis les exemples d'une jeunesse dissipée, il devait donner ceux du repentir. Chaque jour, il implorait le pardon de Dieu avec larmes ; il conjurait donc ses compatriotes de lui pardonner aussi, et d'accorder le secours de leurs prières à un malheureux pécheur qui en avait tant besoin. Si quelques-uns d'entre eux l'avaient malheureusement imité dans ses égarements, il les suppliait de l'imiter maintenant dans sa pénitence.
« De plus, ajouta-t-il, une dette de justice m'obligeait à revenir au milieu de vous pour justifier un homme innocent, et même pour le dédommager d'une perte subie par lui à cause de moi. » Et en disant cela, il nommait et indiquait du doigt un de ses auditeurs.
«Oui, cet homme fut emprisonné et condamné à réparer les dommages causés dans un jardin non par lui, mais par moi et par quelques camarades, qui en avions dérobé les fruits. Que chacun donc connaisse maintenant son innocence et ma faute. Pour réparer le dommage causé, je déclare ici publiquement que je lui fais don de deux fermes qui m'appartiennent encore, l'une à titre de restitution, et l'autre comme don volontaire et gratuit. »
Après un pareil début, les fruits de salut furent vraiment dignes de l'esprit qui animait le Saint. Il réforma d'abord le clergé, qui en avait grand besoin, car beaucoup de ses membres menaient une vie déréglée, sans même essayer de déguiser leurs désordres. Il les ramena à la conduite et à la pureté de mœurs exigées par leur saint état. Ignace attaqua ensuite la passion du jeu, qui, en causant la ruine des familles, engendre tant de trouble et entraîne encore une si grande perte de temps. Le résultat fut prodigieux (65) : pendant plus de trois ans, on ne vit à Azpeitia ni cartes, ni dés. Vint ensuite le tour du luxe, des parures, et surtout de la mise peu décente des femmes : les sanglots éclatèrent, la vanité céda, et les ornements de la frivolité disparurent. Pendant les dix jours qui s'écoulèrent entre l'Ascension et la Pentecôte, le prédicateur expliqua, chaque soir, un des dix commandements, et réussit à faire descendre l' Esprit-Saint dans plus d'un cœur, au jour où l'Eglise célèbre sa venue.
Dès la seconde instruction, il bannit les vains et les faux
serments très répandus dans ce pays ; et eut le bonheur de convertir plusieurs femmes de mauvaise vie. Dieu donnait tant de force aux paroles de son serviteur, que, non contentes de se livrer aux exercices de la pénitence, ces femmes travaillèrent encore à la conversion de leurs compagnes. Pour éviter le danger de retomber dans leurs désordres, elles s'éloignèrent, et entreprirent à pied de longs pèlerinages ; et l'une d'elles, moins forte que les autres, s'enferma dans un hôpital, pour y consacrer sa vie au service des malades. Cependant Ignace établit une confrérie du Saint-Sacrement (66), à laquelle il confia le soin des pauvres honteux. Il affecta sur ses biens à leur soulagement un capital qui devait être administré par les principaux habitants de la ville. Un trésorier fut chargé de distribuer les aumônes. Ignace introduisit l'usage de prier tous les jours, à midi, pour les âmes en état de péché mortel, et fixa un salaire pour ceux qui en donneraient le signal, en sonnant les cloches de la paroisse (6?) ; il rétablit encore la coutume de prier tous les soirs pour les fidèles défunts. Il obligea ses frères à faire distribuer tous les dimanches, en l'honneur des douze apôtres, autant de pains à douze pauvres. Enfin tout ce qu'il voulut entreprendre pour ranimer la ferveur au service de Dieu, il l'obtint des habitants d'Azpeitia. D'ailleurs, le ciel venait en aide à sa charité et à ses soins, par de puissants secours et par de grands miracles. On lui amena d'un lieu assez éloigné, une femme qui était depuis quatre ans déjà possédée du démon. Les exorcismes dont on avait essayé la puissance, n'avaient servi qu'à prouver la réalité de la possession. Dieu se réservait d'accorder sa délivrance aux prières de son serviteur. Ignace lui imposa les mains, fit sur elle le signe de la croix, et la renvoya délivrée.
Quelques personnes, encouragées par cet exemple, lui présentèrent une autre femme, sujette à de si terribles convulsions, que tout le monde la croyait possédée. En la voyant, le Saint, éclairé des lumières d'en haut, déclara qu'elle ne l'était point, mais que des images effrayantes, mises sous ses yeux par le démon, causaient seules ces affreuses agitations. Il la délivra en faisant aussi sur elle le signe de la croix. Plus merveilleuse encore fut la guérison d'une malheureuse femme, arrivée à la