LIVRE SECOND. — CHAPITRE VIII
dernière période d'une phtisie pulmonaire. On n'attendait déjà plus que son dernier soupir. On supplia Ignace de la bénir ; il s'en défendit comme d'une prérogative sacerdotale ; vaincu enfin par les prières de la malade et des assistants, il fit céder l'humilité à la charité, et donna sa bénédiction. La malade recouvra les forces et la santé, au point de retourner à pied à Gumaga, d'où on l'avait apportée. Dans la suite, elle vint revoir son merveilleux médecin, et lui apporta l'offrande de quelques fruits : celui-ci les accepta pour ne pas l'affliger ; mais il les distribua aussitôt aux malades de l'hôpital.
La guérison d'un pauvre épileptique, appelé Bastida, ne fut pas moins admirable. Le Saint, présent à une de ses crises, lui posa la main sur le front, après avoir imploré le secours du ciel : il n'en fallut pas davantage, pour le délivrer radicalement de son infirmité. Non seulement des mains d'Ignace, mais, de ses seuls vêtements, s'échappait la vertu des miracles. Ainsi une femme dont le bras était depuis longtemps desséché, ayant voulu laver, par un sentiment de confiance et de dévotion, des linges dont il s'était servi, en fut récompensée par une entière guérison.
Mais tandis que beaucoup d'infirmes recouvraient la santé par les prières d'Ignace, Dieu, pour accroître ses mérites, et fournir au monde de grands exemples de patience, permit qu'il tombât malade lui-même. Dès lors l'hôpital ne lui fournit plus simplement un lieu de retraite, mais des secours devenus nécessaires. Son frère, don Garcia, voulut le faire transporter à Loyola ; ses instances furent sans effet. Pour ne point se priver du bonheur de lui donner leurs soins, ses parents venaient le trouver à l'hôpital ; entre autres ses cousines Dona Maria d'Oriola et Dona Simona d'Algaza, qui y passèrent plusieurs nuits. Or il arriva un fait assez singulier. Ces deux personnes voulurent un soir, en se retirant pour prendre un peu de repos, laisser une lumière dans la chambre ; mais le Saint s'y opposa, et la fit éteindre en disant que, s'il en avait besoin, Dieu ne l'en laisserait pas manquer. Comme pour prier il ne consultait jamais l'état plus ou moins souffrant de son corps, il se mit en oraison, et y demeura quelques heures. Son cœur s'enflamma tellement aux rayons de l'amour divin, qu'après avoir été plu-
sieurs fois contraint d'en soulager l'ardeur par des paroles et des soupirs, des cris lui échappèrent. Ses cousines accoururent aussitôt, et trouvèrent sa chambre resplendissante d'une céleste lumière. Ignace, confus de voir ce prodige découvert, les conjura avec instances de garder sur ce point un éternel silence. A peine rétabli, il se disposa à partir. Dès que son projet fut connu à Azpeitia, le peuple et tout le clergé le supplièrent avec larmes de rester encore parmi eux, et de ne pas préférer un autre pays, à sa propre patrie, où ses travaux étaient si fructueux. Mais il leur répondit que Dieu l'appelait ailleurs, et que de plus il ne pourrait se fixer à Azpeitia, parce que, entouré de sa famille, il y vivait comme au milieu du monde. Il eut ensuite à lutter contre son frère, qui jusqu'alors avait cédé à son humilité, en lui permettant de demeurer à l'hôpital et de vivre d'aumônes ; mais don Garcia voulait, du moins au moment de la séparation, lui fournir une monture, et le faire accompagner par des serviteurs jusqu'au port, où il s'embarquerait pour l' Italie. C'était là, disait-il, non seulement un témoignage d'affection fraternelle, mais encore une satisfaction donnée à l'opinion publique. On aurait attribué à de l'indifférence de sa part, ce qui n'était dans Ignace qu'un acte de profonde humilité. D'ailleurs, celui-ci n'était pas encore assez solidement rétabli pour pouvoir, sans danger, se risquer à entreprendre à pied, un aussi long voyage, aux approches de l'hiver. Ignace ne voulut ni céder ni résister entièrement. Il consentit à se laisser accompagner par son frère, et par ses autres parents jusqu'aux confins de la Biscaye, où il prit congé d'eux, pour ne jamais les revoir.
De là il se rendit à pied, d'abord au château de Xavier, puis à Almanza et à Tolède, pour y terminer les affaires de François Xavier (68), de Jacques Laynez et d'Alphonse Salmeron. De Valence il gagna Ségorbe, et alla visiter son ancien maître et ami, Don Jean de Castro, entré depuis peu à la chartreuse de la Vallée-du-Christ. Leur ancienne confiance mutuelle n'avait souffert aucun refroidissement. Ignace apprit donc à Castro son projet de passer en Italie, et de là en Palestine, pour y fonder un Ordre dont l'institut n'aurait pas moins pour but la gloire de Dieu et le salut du prochain, que la perfection personnelle de ses membres. Il lui en exposa le plan tel qu'il lui avait été