‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 96 sur 168 · LIVRE SECOND. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — CHAPITRE IX

indigne de la mission apostolique vers laquelle les conduisait Ignace. Ceux-ci, de leur côté, suppliaient le Seigneur de rendre à Ignace le compagnon qu'il lui avait déjà donné, et de ne pas permettre un retard funeste à leur projet. Leurs prières furent exaucées. La maladie parut même n'avoir été envoyée à Rodriguès que pour prouver la protection spéciale de Dieu par des voies miraculeuses. En effet, après toute une nuit d'excessives douleurs, le malade s'endormit vers le matin, d'un sommeil léger. Quelques heures après, il se réveillait sans fièvre, sans tumeur et sans aucune trace de son mal. Quand ses derniers compagnons arrivèrent de Paris, il put se remettre gaiement en route avec eux. Cet événement les confirma puissamment dans leur dessein de suivre Ignace à travers toutes les difficultés qu'ils pourraient rencontrer. Une autre épreuve attendait Rodriguès ; il en triompha facilement. Un de ses frères et un ancien compagnon d'études, apprenant que son absence ne devait pas être de courte durée, comme ils l'avaient d'abord imaginé, mais qu'il allait se mettre à la suite d'Ignace et embrasser son genre de vie, partirent en poste.

Son frère, après l'avoir rejoint, se jeta dans ses bras, tout en larmes ; il employa, pour le détourner de son projet, tous les raisonnements que la tendresse pouvait lui suggérer (77). Il n'oserait plus, lui dit-il, retourner en Portugal, voir sa mère se consumer de douleur, et s'entendre reprocher d'avoir laissé perdre pour elle un fils que son père mourant lui avait si tendrement recommandé. A ces motifs, dictés par l'affection filiale, son ami ajoutait ceux de la justice. Il ne pouvait, sans ingratitude, trahir les espérances du roi de Portugal, et lui faire perdre le fruit des dépenses faites jusqu'à ce moment. Jean III comptait le posséder un jour à son service, et non certainement le voir s'attacher à un homme chassé de partout, honni de tout le monde, et dont on ignorait les véritables projets. Tout fut inutile : ni larmes, ni raisons, ne purent émouvoir Rodriguès. Il répondit à son frère et à son ami de manière à leur prouver qu'il lui serait peut-être plus facile de les entraîner à sa suite, qu'à eux de le faire revenir en arrière. Confus et affligés, ils le quittèrent et repartirent pour Paris.

François-Xavier eut aussi des obstacles à surmonter ; le pre-

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mier mérite à peine ce nom ; ce fut l'offre d'un canonicat, à Pampelune, offre qu'il reçut au moment de quitter Paris. Ce noble cœur, qui avait renoncé au pied de la croix à tout ce qui n'était pas le Christ, aurait jeté au vent le monde entier, comme une vile poussière, s'il l'eût tenu dans sa main : il ne daigna même pas donner à ces propositions un instant de réflexion. Il courut un plus grand danger par suite d'un excès de ferveur qui mit sa vie en péril.

En repassant dans son esprit les années de sa jeunesse, et les fautes dont elles avaient été semées, il résolut, à l'exemple de plusieurs saints, d'expier chacun de ses péchés en particulier. Or, en ce temps-là, une des récréations aimées des étudiants était l'exercice delà course. D'une extrême agilité, Xavier avait peut-être apporté à ces concours un peu de vanité. Pour s'en punir, (et l'on peut conclure qu'il n'avait pas de grands crimes à déplorer,puisqu'il châtiait si sévèrement une faute si légère,)pour s'enpunir,dis-je, ilimaginadeseserrer fortement lesbrasetlescuissesavec des cordes hérissées de nœuds. Ainsi enchaîné, et malgré la douleur que chaque pas renouvelait, il se mit en marche pour l'Italie. Xavier endura ce tourment avec constance pendant plusieurs jours ; mais à la fin, les forces de la nature n'égalant pas sa ferveur, il se sentit défaillir et s'avoua incapable de continuer le voyage. Faire connaître la cause de son mal était une plus rude torture que le mal lui-même ; car ce qui était à ses yeux une simple expiation, passerait aux yeux de tous pour l'excès d'une sainte pénitence. Il lui fallut pourtant se rendre aux instances de ses compagnons et à la nécessité de recourir aux remèdes pour ne pas retarder inutilement leur voyage. Il se rendit enfin; quand il leur eut dévoilé la cause de ses souffrances, ils demeurèrent à la fois frappés d'admiration et consternés de douleur. Les chairs étaient non seulement enflammées, mais encore tuméfiées au point de recouvrir entièrement les cordes. Ils le portèrent à bras jusqu'au plus prochain village, et firent appeler un chirurgien. Celui-ci, malgré l'urgente nécessité d'une opération, en redoutait le danger : craignant de ne pouvoir glisser l'instrument sans attaquer quelque nerf, il ne voulait pas l'entreprendre. Il finit même par déclarer que la guérison d'un tel mal devait être abandonnée à celui pour l'amour duquel ce mal

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