Const., part. IV, et Ratio stiulior., Reg. Prov., passim
garent point, qui marchent d'un pas assuré dans les voies de la vérité, et que les saintes doctrines éclairent et conduisent toujours; des hommes qui sachent tout ce qu'il faut savoir, qui se placent tidôlement en présence du mouvement de la science, et se maintiennent à sa hauteur; qui en tout, en histoire, en physique, en philosophie, en littérature, comme en théologie, ne restent point en arrière de leur siècle, mais puissent en suivre ou même en aider les progrès, sans jamais oublier toutefois qu'ils sont voués à la
défense de la religion et au salut des âuies
« Cependant toutes les épreuves ne sont point achevées encore pour le religieux de la Compagnie : il y a de bien longues années qu'il est sorti du noviciat ; les constitutions lui ordonnent d'y rentrer.
TROISIÈME ANNÉE DE PROBATION, OU DERNIÈRE ÉPREUVE AVANT l'exercice DU SAINT MINISTÈRE.
« Qu on me permette de le dire, c'est ici le chef-d'œuvre de saint Ignace. L'iiomme qu'il destine au ministère apostolique a passé comme novice deux années de recueillement et de silence; puis sont venus neuf ans d'études et cinq ou six ans d'enseignement ; il vient d'être ordonné prêtre, et il n'a point encore rempli les fonctions du sacerdoce : le plus souvent il compte trente-trois ans d'âge ; et quinze ou seize années de vie religieuse se sont écoulées pour lui : le religieux, le prêtre rentre au noviciat.
« Il va durant une année entière, renoncer encore à toute étude et à toute relation au dehors. On apporta de grands soins à cultiver son intelligence : il doit maintenant, pour dernière épreuve et pour préparation dernière, s'exercer, suivant l'expression remarquable des Constitutions, dans l'école du cœur, inschola affedus.Le mot est difficile à comprendre; il m'a fallu, pour en pénétrer le sens, l'année révolue; et je ne prétends pas ici l'expliquer.
« Je dirai seulement : ce religieux, ce prêtre a pu acquérir des connaissances étendues et variés ; il a pu déjà aussi donner des preuves de dévouement et de zèle ; au
sein de la solitude, dans une vie de retraite et de silence, rendu plus présenta Dieu et à lui-môme, avant d'être livré aux autres, on va soigneusement l'appliquer « in schola affectus à tout ce qui affermit et fait avancer dans une liu- « milité sincère, dans une abnégation généreuse de la « volonté, du jugement même, dans le dépouillement des « penchants inférieurs de la nature, dans une connaissance « plus profonde, dans un amour plus grand de Dieu ; de celte « sorte, après avoir fortifié dans son âme, après y avoir fait « pénétrer plus avant encore cette vie véritabement spiri- « tuelle, il pourra mieux aider les autres à s'avancer dans « les mômes voies pour la goire de Dieu et de Notre-Sei- « gneur *. »
« Voilà ce que nous nommons dans la Compagnie la troisième année de probation, la dernière année de préparation et d'épreuve. Il passe bien vite ce temps d'un saint repos qui ne reviendra plus. J'en ai joui, il ne me sera plus donné d'en jouir avant ma mort; et, quelque soit le nombre des années que Dieu me réserve encore sur celte triste terre l'année du repos ne s'y retrouvera plus pour moi.
« Alors la grande carrière des Exercices durant tout un mois est encore parcourue ; alors la prière, la méditation se prolongent ; l'esprit de l'Institut, les conditions de l'apostolat, la pauvreté, la souffrance, l'obéissance, tout ce qui constitue les devoirs du religieux est de nouveau étudié, approfondi. Quelques catéchismes faits à des petits enfants, quelques missions dans les campagnes, viennent
1. Coust., part, v, c. 2, § t. — Exam.. c. 4, § 16 ; Instit. Soc. t. I, p. 483 et 348.
seulement interrompre la solitude et servir comme de préludes aux ministères les plus chers pour un cœur d'apôtre. Je me reporte avec bonheur, je l'avoue, à ce temps où il me fut donné d'évanjïéliser quelques pauvres populations des montajïnes ; je l'ui bien souvent regretté depuis : bien souvent l'apostolat des grandes villes a centriste mon esprit et fatigué mon cœur; et la jeunesse, que j'ai le bonheur de voir si souvent rassemblée autour de la chaire sacrée, me pardonnera ce souvenir et ce regret, quand je lui dirai, dans toute la sincérité de mon âme, qu'elle ne m'a jamais donné que des consolations.
« Après l'année révolue, les supérieurs s'informent religieusement des progrès faits dans la vertu et dans la science, et, suivant le jugement que le Père général porte lui-même sur les informations transmises, le grade [gradus) est donné. C'est-à-dire tout simplement qu'on est admis à prononcer les derniers vœux de coadjuteur spirituel ou de profès. Car il y a ces deux classes de religieux parmi nous. Les uns et les autres sont égaux en tout : nul privilège, nulle prérogative n'appartient à personne dans la Compagnie. Les places de supérieurs sont même de préférence données aux coadjuteurs spirituels; et les profès leur sont le plus souvent soumis. Cependant quelques charges, en très-petit nombre, sont réservées spécialement à ceux-ci; les proies ont aussi le droit, avec certains supérieurs désignés par la règle, d'assister aux congrégations ou asscmsemblées provinciales et générales do l'Ordre. Ces réunions sont assez rares et limitées à certains cas.
« Ainsi, après les deux ans du premier noviciat viennent
les trois vœux de religion, simples, mais perpétuels ; après quinze ou dix-sept années d'épreuves ou d'études, après une troisième année de noviciat viennent les vœux solennels de profès, ou les derniers vœux de coadjuteur : telle est la gradation régulière *.
« Si l'on daignait gravement réfléchir sur cette économie religieuse d'épreuves et de travaux préparatoires, si l'on voulait se rendre compte de cette législation si prudente, si forte, si digne du génie apostolique de saint Ignace, on aimerait à se représenter ce saint fondateur comme l'ouvrier courbé avec ardeur sur son ouvrage pour le façonner et le perfectionner ; l'essayant, puis le reprenant pour le façonner encore et le refaire, et ne le livrant à sa destination que lorsqu'il y a épuisé toutes les ressources d'un art patient et courageux.
« Le religieux de la Compagnie de Jésus est ainsi préparé longuement et comme travaillé: on le forme, on l'essaye, on le reprend ensuite et on le retrempe à la source des forces actives de l'esprit, dans l'atelier de la solitude et du silence. Et ce n'est pas tout : chaque jour de sa vie, durant de longues heures, il devra rentrer dans la rétraite intérieure de l'âme, pour s'y dépouiller de toutes les influences de la terre et des pensées mondaines, pour y reconquérir les vues élevées de la foi, cette boussole divine à l'aide de laquelle il peut mieux ensuite se jeter à travers les Ilots agités des erreurs et des passions humaines, et
1. Exam., c. 1, § 7, 8,9. — Const.,part. V, c. l, litt. A; Ia»tit. Soc, t. I, p. 340 et 402.
(iÉNÉKÂL bit. L\ COMPAIiiNIli DK JEsUS. l'd
(endre la main aux pauvres naufragés qu'il s'efforce do conduire au porl du salul éti'rnt.1.
« Ou sait mainleiianl coinmcnl se forme un religieux de la Compagnie de Jésus. Certes, aucun fondateur ne multiplia, ne prolongea les préparations et les épreuves autant que le nôire. Il semble avoir voulu laborieusement imiter l'éducation instinctive de Toiseau qui plane dans Us airs Il veut que ses di?cipli s, rendus étiangcrs aux Lasses régions des uireciions terrestres, s'éièvi nt jusqu'à contempler fixement dans leur course le divin foleil de justice, et saclicnt incessamment renouveler les ioices de leur âme et accroître la vigueur de leur aciion à la clialeur vivifiante de ses rayons.
« Daigne la giâce de Dieu accomplir en nous la pensée de notre père! Puissions-nous tous, par d'bumbles et généreux elToris, répondre aux vœux de sa grande âme et marcber dans les voies 'Tu'il nous a tra(ées!
(c Le jour de l'action enfin arrivé, lour la plus grande gloire de Dieu, pour le service de ses frères, le Jésuite sera plus que jamais indifférent à tous Us lieux, à tous les em plois, k toutes les situations '. Il no repoussera loin de lui, par une dénégation invincible, que les honneurs et les dignités 2. Il les respecte et les admire dans les autres, comme le faite du dévouement et d'une glorieuse servitude. Il se dévoue, lui aussi, mais toujours pour obéir, jamais pour commander, sans réserve, sans exception, sans retour.
<( La classe de septième au collège, la pénible surveillance
I. Coiist., part. VII, c. 2, .5 I, iii fini!, p. 417 et alibi pn?^iu^, '*'. Ibid., paît. X, § (j ; luslit. Soc, t. 1, p. ilO.
lOME II. 5 .
74 CINQUIÈME PAKTlt:.
du jour et de la nuit entre les murs d'une salle d'étude ou d'un dortoir; la Chine, les Indes, les sauvages, les infidèles, l'Arabe, le Grec; les républiques, les monarchies; l'ardeur des tropiques, les glaces du nord; l'hérésie, l'incréduhté; les campagnes, les cités, les résistances sanglantes du barbare, les luttes polies de la civilisation : la mission, le confessionnal ; la chaire, les recherches studieuses; les prisons, les hôpitaux, les lazarets, les armées; l'honneur, l'ignominie ; la persécution, la jusiice ; la liberté, les cachots ; la faveur, le martyre; pourvu que Jésus-Christ soit annoncé, la gloire de Dieu propagée, les âmes sauvées, tout est pour le Jésuite d'une égale indilTérence. Tel est l'homme que les Constitutions ont voulu donner à l'apostolat catholique. Sans doute nous pouvons gémir devant Dieu de ne pas atteindre toujours ce but avec le courage persévérant qu'il demande; du moins, il faut l'avouer, le but n'est pas sans grandeur ; et y consacrer sa vie^ c'est peut-être lui donner quelque prix : et j'ai dit la vérité. »
GÉNÉHÀL DE LA GOMPAGiNIE DE JÉSUS. 73
GOUVERNEMEiNT DE LA COMPAGNIE.
« Dans toute société il faut un gouvernement et un pouvoir : dans la Société de Jésus, pour maintenir la vigueur des lois et l'unité d'esprit et de but, pour conserver riiarmonie des moyens et Ja subordination de membres nombreux au milieu des travaux les plus divers, il fallait une autorité. Le Général de la Compagnie en est dépositaire. Il ne l'exerce, toutefois, quoi qu'on ait pu avancer à ce sujet, que suivant la grande loi catholique, c'est-à-dire dans la plus parfaite dépendance, à l'égard du vicaire de Jésus-Christ, chef suprême de l'Église *
« Quand il y a lieu de nommer le Général, la Société s'assemble en congrégations provinciales, c'est-à-dire que, dans chaque province de la Compagnie, les profés et certains supérieurs sont convoqués et se réunissent. Le père Provincial et deux profùs élus par la congrégation provinciale se rendent à Rome pour composer la congrégation générale. Celle-ci procède également par voie d'élection ; et c'est ainsi que la Société, représentée par les députés des provinces, choisit son Général ^