Coust., i)art. IX, c. 3, § 1 ; Inst. Soc, t. I, p
2. Const., part IX, c. 3 et 6 ; Instit. Soc, t. I, p. 436 et 4i2.
7G cinquièmh; pautie.
« Elle lui donne un certain nombre d'assistant? tirés des différentes nations, et qu'il doit consulter pour les choses qui concernent son administration. La Société désigne aussi un admoniteur, dont la charge est d'avertir le Général, surtout en ce qui regarde sa conduite personnelle et privée *.
« Du reste, l'autorité du Général n'a pas d'autre contrôle régulier et ordinaire : il est obligé de prendre et de recevoir des conseils : il est seul juge de sa détermination dernière. Dans un cas extrême qui ne s'est jamais présenté, et qui. Dieu aidant, ne se présentera jamais, les provinces pourraient élire des députés, les assistants pourraient les convoquer, alin de déposer le Général devenu indigne ou incapable -.
« Tous les supérieurs, tous les membres de la Compagnie sont soumis au Général, et lui doivent obéissance. Tous peuvent librement recourir à lui et lui écrire comme aux autres supérieurs ^ Il est le père commun; la subordination est grande, mais les recours sont nombreux et faciles.
« Comme tous les autres ordres religieux, la Compagnie est divisée en provinces. Dans chaque province ou subdivision de pays, un Provincial est le supérieur de tous les établissements qu'elle renferme; il les visite par lui-même exactement cbaque atinée; tous peuvent aller à lui pour leurs besoins et dans leurs peines. Le Provincial a ses con-
1. Coust., part. IX, c. i, § 4, et c. 5, § 2 ; Instit. Soc, t. I, p. 430 et '(40.
2. Coas4,., part. IX, c. 4, § G et 8; TusUt. Soc, t. I, p. 'j39.
3. Const., part. IX, c. 3 et 6 ; Tn#tit. Soc, t. I, p. (336 et 442.
suUeurs ot son admoniteur nommés par le Général; il doit aussi prendre et recevoir leurs avis.
« Enfin chaque maison a, sous un titre ou sous un autre, son supérieur propre, soumis au Provincial et au Général. Le supérieur de chaque maison a également un conseil et un admoniteur. Telle est la forme du gouvernement de la Compagnie : l'unité de pouvoir, la multiplicité d'avis consultatifs. La sagesse possède ainsi toulo sa lumière et l'action toute sa puissance.
« Le Général est à vie ; tous les autres supérieurs, quels qu'ils soient, ne sont nommés que pour trois ans : ils peuvent cependant être continués; et tous s'estiment heureux quand le terme arrive et qu'ils sont délivrés du fardeau *.
<( Cette simple organisation porte avec elle beaucoup d'éléments d'ordre et de paix, beaucoup de garanties et d'appuis conservateurs. C'est un rouage facile et régulier qui développe tranquillement son action. Toujours plusieurs consciences veillent par devoir auprès de l'autorité, l'éclairenl, l'avertissent avec respect, et rendent compte à l'autorité supérieure.
« Les règles, les conseils, les libres communications, les recours toujours ouverts et le principe intérieur de charité qui est l'âme de tout, se réunissent pour produire un état de choses où nulle autorité n'est indépendante ni absolue. Les lois seules ont un souverain empire.
« Ainsi tous conliibuent en quelque sorte à l'exercifc de l'autorité et tous obéissent...
1. Const,, part. IX, c. ?, et 6 ; Instil. Soc, t. I, p. 430 et 44?.
78 GINQUIÈMIÎ PARTIE.
JOURNÉE DU JÉSUITIî;.
« A quatre heures du matin la cloche sonne le réveil ; le frère excitateur parcourt aussitôt les chambres, et avertit par le pieux salut : Benedicamus Domino. Un quart d'heure après il repasse pour constater l'obéissance ponctuelle de tous à ce premier devoir de la règle. C'est ainsi qu'une exacte discipline vient toujours en aide à la bonne volonté personnelle. L'usage appelle alors les religieux de la Compagnie dans la chapelle, au pied du très-saint Sacrement. A quatre heures et demie on rentre dans sa cellule pour y vaquer seul à la méditation durant une heure.
« La cloche àQÏ Angélus met lin à la méditation ; les prêtres disent successivement leur messe ; et après l'action de grâces terminée commence le cours des occupations journahères. Elles ne nous manquent pas; et, je pourrais le dire, le temps est un hien qu'au dedans on vient arracher au Jésuite autant peut-être qu'on lui dispute au dehors, mais dans des vues fort différentes, l'honneur et la liberté.
« Quelques heures sont toujours réservées néanmoins pour le travail solitaire et pour l'étude. Les uns, et c'est le plus grand nombre, sont appliqués aux pénibles et lentes
GÉNl'JRAL DE LA. GOMPAGiNlE DE JÉSUS. 79
préparations qu'exige la prédication évangélique ; d'autres se livrent aux recherches scientifiques et historiques. Tous s'emploient aux fonctions actives du ministère des âmes, qui en général laissent peu de place à un paisible loisir. Aussi, à moins que Timpérieuse nécessité ne fasse sévèrement interdire par le religieux l'accès de sa pauvre cellule, elle est presque constamment assiégée. Et là se présentent librement les hommes de toutes les conditions, de toutes les opinions : tous les genres d'infortunes, toutes les afflictions de l'âme viennent tour à tour exciter notre compassion et notre zèle....
« Le religieux, le prêtre se doit à tous : les femmes chrétiennes, et celles aussi qui sentent le besoin de le redevenir, le demandent; il descend dans le lieu assigné pour les recevoir; la charité ne lui permet pas de remonter toujours aussitôt qu'il le voudrait. Elles rappellent aussi nu confessionnal: il s'y rend.... *
u Midi arrive ; c'est un temps d'arrêt dans la vie de communauté. Un quart d'heure est d'abord employé à l'examen de conscience sur la matinée, afin de retrouver Dieu et soi-même de plus près. Puis on descend au réfectoire ; le silence, la lecture assaisonnent un frugal repas qui dure une demi-heure. On visite ensemble le Saint-Sacrement; on se réunit ensuite pour la récréation....
« On se quitte -après trois quarts d'heure. On retourne au silence, au travail, et le plus souvent au confessionnal, on recommence à entendre la longue histoire des peines et des infirmités des consciences mondaines. On écoute le pauvre comme le riche, l'enfant et l'homme fait. S'il est
81) GINQUIÈ.MK PAl.TIE.
bf^soin aussi, on va consoler sur leur lit de douleur les malades et les mourants; et c'est dans les heures de l'aprèsmidi surtout qu'on remplit ces religieux devoirs. Mais on s'abstient de toute visite qui ne serait que pure distraction ou simple bienséance. Jamais un Jésuite ne paraît dans le monde; il ne prend jamais ses repas hors de la communauté, à moins qu'il n'en soit momentanément séparé pour une mission évangélique.
'.( Le soir vient ; il a fallu trouver cependant le temps do la prière et de l'olfice divin ; on l'a saisi dès qu'on l'a pu. A sept heures le soup.-^r réunit les luibilants de la maison : quelques instants de récréation suivent encore ; à huit heures un quart les litanies des saints se récitent en commun à lachapelle; chacun se retire alors dans sachmibre, et consacre seul une demi-henre à la lecture spirituelle et à l'examen de sa conscience. A neuf heures on sonne le repos. Qaelques-uns, avec la permission des supérieurs, pourront bien encore prolonger le travail on la prière ; quelques autres, le matin, devanceront Theure du réveil commun ; mais tous obéiront à la sage autorité qui veille au maintien de la santé et des forces nécessaires,...
GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. cl
Vf.
L OBKISSANCE.
« J'achèverai l'analyse des Constitutions en donnant l'idée juste de la grande loi d'obéissance. Elle est, j'en conviens, notre âme, noire vie, notre force et notre gloire....
« Voici les paroles de saint Ignace ; je les traduis littéralement:
« Tous s'étudieront à observer principalement l'obéis- « sance et à y exceller... Il faut avoir devant les yeux « Dieu notre Créateur et Seigneur, à cause duquel on « rend obéissance à l'homoie. » C est ce qui la justifie et l'ennoblit. Il ne faut pas que les cœurs soient ployés sous le joug de la crainte; aussi le saint législateur ajoute : « Il « faut apporter tous ses soins pour agir dans un esprit 'i d'amour, et non avec le trouble de la crainte, ut in spia ritu amoris et non cum perturbatione timoris procedatur... « Dans toutes les choses auxquelles l'obéissanctî peut « s'étendre avec charité (c'est-à-dire sans péché), soyons « aussi prompts et aussi dociles que possible à la voix des <i supérieurs, comme ci c'était la voix même deJé.-^us-Christ « Nolre-Seigneurj car c'est à lui que nous obéissons dans « lapersonnede ceux qui tiennent pour nous sa place... Por- « tons-nous donc avec grande promptitude, avec joie spiri-
T. II. j.
« tuelle et persévérance à tout ce qui nous scia ordonné, f( renonçant par une sorte d'obéissance aveugle à tout <( jugement contraire : et cela dans toutes les choses réglées « par le supérieur, et où Une se trouve point de péché. »
« Ici se rencontre le mot célèbre et si souvent commenté: « Que chacun soit bien convaincu qu'en vivant « sous la loi de l'obéissance, on doit sincèrement se laisser « porter, régir, remuer, placer, déplacer par la divine Pro- « vidence au moyen des supérieurs, comme si on était un « mort, perinde ao si cadavev essent : ou bien encore « comme le bâton que tient à la main un vieillard et qui <( lui sert à son gré. » Et le saint législateur, expliquant sa pensée, ajoute: « Ainsi le religieux obéissant accomplit '( avec joie ce dont il est chargé par le supérieur pour le <( bien commun ; certain par là de correspondre vérita- (( blement à la volonté divine, » bien mieux que si, sous l'inspiration du jugement propre, il faisait des entreprises au gré d'une liberté inconsidérée, et quelquefois par les mouvements d'une volonté capricieuse *.... »
1 Cons., part, VI, c. i, H ; Inslil, Soc, t. I, page 407.
Don Antonio d'Araoz, le neveu chéri de noire saint, venait de faire ses vœux. II fut le premier qui les prononça après les dix Pères de la fondation, et ce fut un beau jour pour le cœur d'Ignace de Loyola qui les reçut. Diego d'Eguia lit aussi les siens le même jour, immédiatement après Araoz. L'un et l'autre furent ensuite envoyés en Espagne pour travailler à la sanctification des âmes dans la ville de Barcelone. Quelque temps avant leur départ, le saint fondateur écrivait à dona Isabel de Piosello qui, à la mort de son mari, s'était retirée dans une maison religieuse :
« Jésus, Que la grâce et Tamour de Jésus-Christ Notre- Seigneur nous soient toujours en aide et toujours favorables.
'( Ma mauvaise santé ne me sert pas et ne me permet pas d'être trop long dans cette lettre. Que la divine Majesté soit bénie, exaltée et comblée de gloire, pour daigner nous visiter ainsi l'un et l'autre, de manière cependant à nous laisser respirer un peu, pour que nous puissions la servir avec plus de zèle.
« l^onirae je vous l'ai écrit ot promis dans d'autres lettres
84 GINOUIÈME PARTIE.
plus longues, un membre de notre société * se rendra où vous êtes, à Pàiiaes Fleuries S dix jours avant ou après le baptême d'une juive. Dans vingt jours il partira, soit par terre, soit par mer, et comme les périls ne lui manqueront pas, surtout à cette époque de l'année, vous le suivrez de vos prières et de celles des autres religieuses. S'il arrive à destination en bon état, ce vous sera, j'espère, un motif de joie et de consolation en Notre-Seigneur. Car un des sujets les plus vifs du culte et de l'amour que nous avons pour lui, ce sont les bienfaits nombreux et les dons précieux qu'il a plu à la divine Majesté de répandre dans son âme )'
« Pauvre de tout bien,
« Lnigo. »
n Rome, 2 février lô4î. »
Disons tout de suite que le Père d'Araoz, annoncé par Isabel, vit accourir la foule au-devant de lui, à son arrivée à Barcelone. La ville tout entière voulait voirie neveu dusaint, voulait avoir des nouvelles du saint, voulait entendre parler du saint! Le bon Père était littéralemeni: assiégé du matin au soir, et se vit recherché du peuple et des grands, qui ne pouvaient se lasser de voir et d'entendre le proche parent dusaint, et de recevoir ses avis spirituels. Il y avait