Le dimunclie des Rameaux
pourtant bien des années qu'on n'avait vu Ignace de Loyola à Barcelone; mais sou souvenir y était resté vivant dans tous les cœurs et dans toutes les âmes, et on croyait retrouver le saint vénéré dans celui qui venait d'être formé à son école, à qui il avait dû parler de ses chers Barcclonnais, et à qui il avait dû recommander leurs intérêts spirituels d'une manière to jle particulière. Bientôt ce fut le Père d'Araoz qu'on aima, qu'on vénéra pour lui-même, comme on aimait, comme on vénérait partout les Pères de la Compagnie de Jésus.
Ignace de Loyola ne se bornait pas aux importants travaux du gouvernement de la Compagnie, et sur lesquels nous aurons à revenir; il s'occupait encore de créer dans la ville de Piome des œuvres et des institutions de charité et de zèle dont lui seul eut la première pensée, dont il fut le premier instigateur, et qui se sont soutenues depuis jusqu'à ce jour.
Les juifs étaient nombreux dans la ville ; plusieurs avaient reconnu la vérité et embrassé le christianisme par les soins de notre saint, et un grand nombre d'autres lui avaient avoué qu'ils redoutaient la pauvreté résultat inévitable de leur conversion. Ignace ne vit qu'un moyen de tout concilier pour le premier moment, il l'employa. Il fit préparer une partie de sa maison pour y donner asile aux catéchumènes et aux néophytes, et se mit en quête d'aumônes pour les nourrir, en attendant mieux. Le nombre des conversions augmentant chaque jour, et la maison de la Compagnie ne pouvant sullire, Ignace n'eut plus de repos
qu'il n'eût obtenu des personnages les plus riches une maison allectée à cette œuvre, alin que ses chers israélites fussent chez eux. Ce fut ainsi qu'il fonda la maison de Saint- Jean de Mercato. Après ce premier résultat de ses démarches et de ses fatigues, il demanda au souverain Pontife un décret assurant aux Israélites convertis la conservation de leurs biens légitimement possédés ou acquis, et, pour les enfants qui se seraient convertis sans y avoir été autorisés par leurs parents, le droit d'hériter, malgré la différence de religion, des biens légitimement possédés, et d'aiïectcr à l'établissement des néophytes de Saint-Jean de Mercato les biens mal acquis qu'on employait dans ces cas pour des œuvres pies. Le pape Paul III accorda toutes ces faveurs et désigna, à la prière de notre saint, un cardinal qui devait être le protecteur de cette importante fondation. Dans le cours de la première année, Ignace eut la consolation de baptiser quarante juifs. De tous les néophytes il faisait autant d'apôtres qui s'efforçaient de lui amener de de nouvelles conquêtes. Un jour, l'un des catéchumènes, ne sachant plus résister aux séductions de ses coreligionnaires, était au moment de retourner à eux, lorsque le saint fondateur vient le trouver et lui dit :
~ Isaac, vous voulez nous quitter? Ne le faites pas, mon enfant, restez avec nous.
Cette parole vibra profondément dans l'ànie d'Isaac, il crut avoir entendu celle de Dieu même, et rien ne fut plus capable de l'ébranler; bientôt il devint un des plus fervents chrétiens.
Le catéchuménat de Saint-Jean de Mercato ayant pris en
peu de temps un développement considérable, et les Pérès jésuites n'étant pas assez nombreux à Piomc pour en conserver la direction, on lui donna pour supérieur un prêtre séculier, Jean de Torano ', en grande réputation de vertu et de piété. Mais l'enfer ne pouvait subir, sans crier, les prodiges de zèle et de charité opérés à la gloire de Dieu par Ignace de Loyola et par sa sainte Compagnie; il ne pouvait se voir enlever tant de victimes sans poursuivre leurs héroïques ravisseurs, et sans faire éclater sur eux toute la fureur de sa haine et de sa vengeance.
Jean de Torano se laisse dominer par le démon de la jalousie, et va jusqu'à lui servir d'instrument pour tenter la perte d'Ignace et de ses disciples : « Pourquoi, se dit-il, cet Ignace de Loyola fait-il tant de bien à Piome, et ses disciples dans toute l'Europe, et jusqu'en Orient ? Cette maison dont je suis censé supérieur, c'est Ignace qui la dirige par le fait. Le cardinal protecteur, les bienfaiteurs, les administrateurs le consultent et n'agissent que d'après ses avis; le pape môme fait tout ce qu'il désire, je ne suis rien ici que son commis. Les choses ne peuvent aller ainsi plus longtemps. »
VA la tète du malheureux Torano se monte et s'exalte; il répand le bruit qu'Ignace et ses disciples sont hérétiques, hypocrites et qu'ils trahissent le secret de la confession ; il fait un mémoire composé de ces infâmes calomnies, et l'adresse du pape en lui demandant une enquête... Mais Dieu était là, et nous savons que la promesse faite à la Compagnie de Jésus par Notre-Seigncur lui-uiême devait avoir