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et aura jusqu'à la fin son accomplissement. L'enquête sollicitée par le calomniateur tourna contre lui-ramôme : Jean de Torano fut convaincu d'iiérésie par le cardinal del Monte, chargé de cette alFaire, et, comme hérétique et calomniateur, il fut privé de ses bénéfices, ses biens furent confisqués, et tout exercice du saint ministère lui fut interdit. 11 devait être condamné à une détention perpétuelle, mais Ignace avait à se venger de lui, il le fît à sa manière, et obtint que cette peine lût commuée en celle du bannissement.
Notre saint fonda aussi à Rome une œuvre qui s'y est également perpétuée : celle des enfants abandonnés. Il établit deux maisons, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles; il choisit des administrale irs, il trouva des bienfaiteurs, donna de solides bases à cctle œuvre, oblinldu pape qu'un cardinal en serait protccte ir, et se retira comme il l'avait déjà fait pour sa maison de Juifs, afin de ne point donner prise à l'envie et à la jalousie. Mais le souvenir du fondateur y est resté, et de nos jours encore, tous les ans, le jour de la fête de saint Ignace, les orphelins viennent servir toutes les messes qui se disent dans l'église du Gôsu, en l'honneur de celui dont la charité fonda leur asile.
Dans ses visites aux malades des hùpiiaux, notre saint s'aperçut que plusieurs ne pensaient à se confesser qu'au dernier moment, et qu'un grand nombre mouraient sans recevoir les sacrements. Touché de la perle de tant d'âmes, il conjura le pape de remettre en vigueur la décrétale d'Innocent III, ordonnant que le médecin ne verra d'autres ma-
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lades que ceux qui auront commencé par se confesser. Il proposa seulement une modification, celle de permettre deux visites du médecin avant la confession, mais de défendre la troisième, sous peine d'encourir les conséquences de la loi. Le pape suivit ce conseil, et le peuple se soumit à ces conditions sans manifester de mécontentement. Cette coutume se conserva.
Ce n'était pas assez pour le zélé de notre saint. Un j^rand nombre de jeunes filles, entraînées par la misère, se jetaient dans le désordre, il voulut les préserver de ce malheur, et fonda pour elles le monastère de Sainte-Catherine, oii elles sont formées à la vertu et au travail, et d'où elles ne sortent que pour se marier; si elles sont appelées à la vie religieuse, elles peuvent y prendre le voile. Après avoir pris pour cette fondation toutes les mesures qui pouvaient en garantir l'avenir, il se retira, comme toujours.
Le saint fondateur avait trois amis sans lesquels il n'entreprenait aucune de ces œjvres : ces trois personnages étaient Jacques de Crescenzi, d'une famille des plus distinguées de Rome : Laurent de Castello, en grand crédit et possédant une fortune considérable ;Francisco Vannucci, premier aumônier de Paul IIL II s'entendait avec eux pour tout cequ'il voulait entreprendre en ce genre : les démarches ù faire, les aumônes à demander, les administrateurs à choisir, le cardinal à solliciter pour proléger l'œuvre, et l'organisation qu'elle devait recevoir. Toutes ces mesures de prudence ne pouvaient prévenir tous les oI)stacles que l'ennemi du bien essayait de jeter sur la voie de notre saint, mais Notrc-Seigneur, après avoir montré cette nouvelle
croix à l'illuslre fondateur, ne tardait pas à lui être favo' rable.
Il ne suffisait pas à notre héros d'avoir abrité les jeunes Mlles qui pouvaient être exposées à se perdre, il voulait encore sauver les femmes qui s'étaient perdues, les retirer de l'abinie dans lequel elles étaient tombées, et les mettre dans un lieu de refuge qui pût être toujours ouvert au repentir. Il voulait fonder pour ces pauvres pécheresses un monastère spécial ; car celui de Sainte-Madeleine ne recevait pas les femmes mariées, et n'acceptait les autres qu'autant qu'elles voulaient prendre le voile, et toutes n'y étaient pas appelées, Ignace ne trouve pas pour cette œuvre l'empressement et la sympathie qu'il avait rencontrés pour les précédentes ; mais il ne se laisse pas décourager. Il travaillait pour la gloire de Dieu, il était sûr que Dieu l'aiderait. Il presse et supplie plusieurs personnes, et obtient enlin que dona Leonora,femme de don Juan de Vega, ambassadeur de CIîarles-Quint auprès du Sain t-Siége,recevra quelques-unes de ces pauvres pécheresses, et en fera recueillir quelques autres par plusieurs dames de ses amies, en attendant qu'on puisse avoir la maison désirée pour les abriter toutes.
Heureux de cette promesse, notre saint, emporté par sa charité, va aussitôt à la recherche des âmes perdues qu'il veut sauver, et, comme on ne résistait pas à sa parole, ces malheureuses femmes quittaient tout, abandonnaient tout à sa voix et le suivaient. Et on voyait le saint fondateur de la Compagnie de Jésus traverser les rues de Rome, suivi de ces femmes dont toute personne honorable s'éloignait avec horreur, et arriver ainsi au Palais d'Espagne, où il les re-
metlait à dona Leonora. Presque tous les jours il faisail une promenade de ce genre, malgré toutes les affaires qu'il avait à traiter, et malgré des souffrances continuelles souvent très-vives. On lui disait un jour qu'il paraissait pou digne de lui, à certaines personnes, de parcourir les rues de la ville suivi de ces pauvres pécheresses ; on ajoutait :
— Vous vous donnez beaucoup de fatigues et de soins pour obtenir de bien faibles résultats ; car ces malheureuses se laissent toucher un instant, mais elles retombent bien vite.
— Je regarderai mon temps et mes fatigues pour bien employés, répondit le saint, si je parviens ainsi à éviter, ne fût-ce qu'un péché mortel de la part de chacune.
Cependant, dona Leonora finit par dire à Ignace qu'elle ni ses amies ne peuvent continuer à recevoir tant de monde, que l'emplacement affecté à cette œuvre ne permet pas de recevoir une seule personne de plus. C'est le moment de la Providence. Ignace de Loyola n'a aucune avance, mais il espère contre toute espérance, et croit que la volonté divine est qu'il entreprenne seul ce que personne ne veut commencer. Pendant qu'il demande à Dieu son appui et son secours dans cette entreprise, le Père Codace vient lui annoncer qu'en creusant devant l'église, pour les réparations à faire, les ouvriers ont découvert des ruines anciennes, et qu'il y a des pierres de grande dimension et d'une beauté remarquable :
— Dieu soit loué! répondit le saint fondateur, vendez de ces pierres pour cent ducats, et vendez-les tout de suite.
Le Père Codaco vend de ces pierres pour cent ducats. Ignace prend cette somme, va trouver queli|ues-uns des sei{?neurs qui lui avaient refusé leur concours pour sa grande œuvre, et leur dit:
— Personne de vous n'a voulu commencer, mais j'apporte la première pierre, il faut bien maintenant que vous donniez !a seconde.
Ou ne lui résiste plus, les sommes arrivent de tous côtés; il achète l'ancien monastère de Sainte-Martlie, il forme, pour le diriger, une association de femmes pieuses, sous le patronage de sainte Marie de la Grâce, il leur remet les clefs du monastère qu'il a fait réparer, et, le 16 février I5i2, les femmes repenties y étaient installées, ayant pour protecteur le cardiual de Carpi qui était aussi le protecteur de lu Compagnie.
Ignace fit une exception en faveur de cette maison, il lui accorda un Père Jésuite pour confesseur. La ferveur y devint bientôt si vive que le monastère de Sainte-Marthe était cité par les prédicateurs comme un modèle de toutes les vertus. En peu d'années, le nombre des femmes sincèrement converties et pénitentes s'était élevé à trois cents.
L'esprit du mal mit tout en œuvre pour détruire ce grand bien. Les hommes les plus scandaleux de la ville voulaient ouvrir de force les portes du monastère, et, n'y pouvant parvenir, ils en brisaient les vitres en y lançant des pierres. L'un d'eux, nommé Mathias, ne trouvant d'autre moyen de se venger du zèle des saints Jésuites et de leur fondateur, eut recours à celui déjà tant de fois employé sans succès: il répandit le bruit que le Père Ignace et les siens
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étaiont des hérétiques déguisés et qui s'éiaient enfuis de Paris pour éviter les cliâtmients auxquels l'in(|uisition les avait coudaumés. Les choses allèrent au |joiiit que, par respect pour leur caractùre, et pour l'honneur du niinislôre sacré qu'ils exerçaient, Ignace crut devoir adresser un mémoire au pape et lui demander une nouvelle enquête, en le priant de nommer des juges. Le cardinal-vicaire étant malade, l'affaire éprouva un relard; dés qu'il fut rétabli, Ignace renouvela sa demande et lu fit présenter par l'évôijue de Césène, qui adressa au pape un mémoire dans lequel il appelait sainte la Compagnie de Jésus. Le cai-dinal-vicaire, Philippe Archinti, se rendit deux fois au monaslôrc de Sainte-Marthe pour interroger les personnes qui l'habitaient, sur la doctrine et les mœurs des Jésuites, et Mathias fut assigné pour comparaître devant son tribunal, le 3 juillet. Mais, loin de se présenter, il chercha à fléchir notre saint; il ignorait sans doute, qu'en pareilcas, Ignace ne fléchissait jamais; cest ce qu'il exprime énergiquement dans une de ses lettres au docteur Miguel de Torrez. 11 lui mandait à ce sujet :
« ... Le bon Mathias a prié Sa Grandesse dona Léonora Osorio' de ne lui être point opposée dans l'afliiire de l'enquête, afin que la sentence ne lui soit pas trop défavorable. Il promet de me demander pardon et de nous recommander partout si elle le désire. Sa Grandesse me fit appeler, il y a deux jours, à Campa-Flora, et me dit qu'elle était d'avis,
I. Femme do Juau de Vega, ambassadeur de Charles-Quint près le Suiut- Siège.
ainsi que le seigneur don Juan de Vega, que j'accepte les propositions de Malhias. Mais je lui opposai des raisons si puissantes pouf ne le point faire, que le résultat fut tel que je le désirais. Je lui dis qu'à mon point de vue il ne pouvait y avoir d'arrangement entre Mathias et moi; que je ne voulais pas qu'il me demandât pardon, ni que le jugement fût rendu d'après ses démarches et par son entremise, étant certain que la sentence sera conforme au droit et à la justice et tournera à la plus grande gloire de Dieu. Sa Grandcsse vit que ce motif était préférable au premier. Mathias se rendit hier chez le vicaire du pape et lui parla en notre faveur, en s'avouant coupable en présence de plusieurs personnes. Il cherche à se faire des amis, dans la crainte que toute celte affaire ne lui soit nuisible et ne tourne contre lui, ce qui pourra bien arriver.
« Dieu veuille que tout s'arrange pour sa plus grande gloire... »
Toutes les démarches de Mathias n'aboutirent à rien de favorable pour lui; la sentence rendue par les juges, tout à la gloire de la Compagnie de Jésus et de son saint fondateur, portait que Mathias perdrait la charge qu'il occupait et qu'il verrait ses biens séquestrés, s'il continuait à répandre des bruits calomnieux contre ces saints religieux; de plus, il était condamné aux frais du procès et à une peine que les juges se réservèrent de lui faire connaître. Mais noire saint fit tant d'instances en faveur du coupable qu'il obtint la remise de la peine. Nous savons qu'il se vengeait toujours ainsi. Malhias, pénétré de reconnaissance
pour sa cliai'ilé, se coiiYertit, devint l'ami dévoué d'Ignace, et un des plus zélés bienfaiteurs de la Compagnie de Jésus.
Pendant que cette aiïiiire s'instruisait, Barberano, moine espagnol, excité sans doute par le démon de l'envie, se tourna aussi contre Ignace et l'accusa d'administrer l'œuvre de Sainte-Marthe sans en avoir reçu l'autorisation du pape, et de vouloir, sans mission, réformer le monde entier. Ces accusations n'étaient que ridicules; le peuple se moqua de Barberano et ne tint aucun compte de ses divagations. Le moine, furieux de l'accueil qu'il reçoit de tous côtés, écrit à notre saint toutes les injures qu'il peut imaginer, et termine sa lettre en lui disant : «Je voudrais voir brûler tous les Jésuites, depuis Perpignan jusqu'à Séville. »
Ignace de Loyola reçoit cette lettre parmi messager; il ordonne de le faire attendre et dicte aussitôt ces lignes à son secrétaire, Juan de Polanco :
« Jésus. — Senhor, dites au Père frùre Barberano : Vous dites que, si cela dépendait de vous, vous feriez brûler tous les nôtres depuis Perpignan jusqu'à Séville. Moi, je vous dis ceci : Je souhaite quevouSj vos amis et tous les vôtres, non-seulement de Perpignan à Séville, mais dans l'univers entier, vous soyez enflammés, brûlés par le feu du Saint- Esprit, de telle sorte que tous, ayant atteint le faîte de la perfection, vous augmentiez ainsi l'éclat de la gloire divine. Vous direz au même que le gouverneur et le vicaire de Sa Sainteté font une enquête sur notre compte, et que la sentence sera rendue prochainement. Si donc il a des plaintes à formuler contre moi, qu'il les leur présente directement.
% CliNyUlÈiiii PAUTIE.
et qu'il y joigne ses preuve?, a(in que je sois seul puni, si je suis coupable; car il me serait lrès-ngréal)le d'êire châtié dans mon corps, pour éviter à tous les nôtres, de Perpignan ùSéville, d'être brûlés sans l'avoir mérité. »
B;irberano se tint pour satisfait de cette réponse, et n'insista pas divaiiia^fe sur ses ridicules accusatioas.
Geronimo Natale, que nous avons laissé à Paris, refusant de céder aux instances d'Ignace de Loyola, s'était retiré dans sa fumille, à Majorque, et cherchait à connaître la volonté de Dieu sur lui, car il se sentait appelé à l'apostolat, mais ignorait dans quel genre il devait l'exercer. Il avait, par moments, le désir de s'associerqueiques hommes de vertu et de talent pour travailler avec eux à la sanctification des âmes, puis il rejetait ce projet pour le reprendre encore. Un jour on lui donne à lire la copie d'une lettre de François de Xavier, rendant compte à la Compagnie de Jésus de son apostolat dans les Indes. Geronimo, émerveillé des magnifiques travaux du jeune professeur qu'il a tant admiré à Paris, s'écrie : a Ah ! voici véritablement une grande œuvre I » Il se souvient de tous les efforts d'Ignace pour le déterminer à entrer lui-même dans cette Société qu'il formait alors; il se souvient que cette vie lui paraissant trop parfaite, il répondit : « L'Évangile me suffît » et prit aussitôt la fuite pour se soustraire aux nouvelles instances de celui qu'il accusait de le persécuter. Après quelques jours de vive agitation intérieure, Geronimo, bien résolu à ne jamais entrer dans la Compagnie de Jésus, toujours par
le t;eul motif qu'elle exigeait de ses membres une trop T. it, G
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grande perfection, voulut néanmoins consulter Ignace de Loyola et prendre ses avis spirituels. Il partit pour Rome, le Père Laynez venait d'y arriver, et Natale y trouva aussi, au nombre des Pères, un de ses anciens amis, Geronimo Domenecco. L'un et l'autre l'engagent à faire avec eux les Exercices spintuels. Natale, furieux de la proposition, court se plaindre au bon Père général :
— Mon révérend Père, lui dit-il, Diego Laynez et Geroiiimo Domenecco me tendent un piège pour m'attirer mal gré moi dans la Compagnie ! Vous savez que je n'ai ni les talents ni les vertus nécessaires pour cela.
— Ne vous en inquiétez pas, lui répond Ignace, les Exercices spirituels n'engagent à rien et ne peuvent qu'être utiles à votre âme. Suivez-les, sans vous occuper de la pensée de vous joindre à nous. Cette pensée ne doit venir que de Dieu, et s'il vous la donnait, il saurait bien à quoi vous employer pour sa gloire. Laissez-le faire.
Natale suit ce conseil; il fait sa retraite, dirigé par le Père Laynez, et ne cesse de lutter contre lui-môrac à mesure qu'il reconnaît l'appel de Dieu. Enfin, arrivé à la méditation dos Deux Étendards, il s'avoue subjugué, il est vaincu, et pourtant il veut lutter encore. Mais son agitation est trop violente, il n'y peut plus résister ; il se lève au milieu de la nuit et écrit ces lignes :
« Je reconnais maintenant que les raisons par lesquelles j'ai tant combattu contre moi-même et qui m'empêchaient de m'atlaclmr au service du Seigneur, ne méritent pas seulement que j'essaye de les réfuter. Au contraire, tout
ce qui m'en éloignait jusqu'ici m'y allire maintenant et me console ; car, après un Btrict examen, j'ai compris que l'amour de moi-même et la révolte de la nature m'avaient seuls fait combattre et douter. Je vois d'autant plus la volonté de Dieu dans ma présente détermination, que les sens y répugnent ainsi que le monde : ni l'un ni l'autre ne peuvent comprendre ou goûter l'esprit de Dieu et son régne dans nos âmes. C'est pourquoi ni les troubles que j'ai ressentis jusqu'ici, ni les plus rudes peines dont un homme puisse être accablé, ni aucune souffrance inventée par les démons eux-mêmes, ne pourront me détourner de la résolution que je prends au nom delà très-sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, de pratiquer les conseils évangéliques, et de garder les vœux et les engagements de la Compagnie de Jésus. Je suis prêt à faire tout ce qu'on exigera de moi, conformément à ces vœux, que je prononce ici avec crainte et respect, mais avec une grande confiance en la miséricorde de Dieu, dont j'ai reçu tant de bienfaits. C'est de toute mon âme, de tout mon pouvoir, de toute ma volonté que je m'engage par ces vœux : à Dieu en soit la gloire ! Ainsi soit-il. Le 23« jour de novembre, dix-huitième des Exercices ' . »
Natale, lidèle à ses promesses, entra au noviciat aussitôt après sa retraite et devint un des membres les plus utiles et les plus distingués de la Compagnie de Jésus.
Cependant, le saint fondateur voyait se développer son œuvre chaque jour davantage. François de Xavier fondait