Le Père Genelli
dans le Père Bartoli. Elle fera connaître l'esprit, le cœur, l'àme de notre héros mieux que tout ce que nous pourrions dire:
« Que la grâce et l'amour de Notre-Seigueur Jésus-Christ vous soient toujours en aide.
« Simon et Santa-Cruz me donnent souvent de vos nouvelles, et Dieu, auteur de tous les biens, sait quelle consolation, quelle joie je ressens de vous voir, par sa divine bonté, croître chaque jour en science et en vertu. Le bruit qui s'en répand ici anime et édifie nos frères. Si nous devons tous nous réjouir de ce qui contribue à la gloire de Dieu notre Créateur, et au bien de ses enfants rachetés du sang de son Fils unique, combien plus dois-je le faire, moi qui vous porte dans mon cœur et ressens pour vous une si tendre affection. Qu'il en soit à jamais loué et béni, ce Dieu notre Créateur, notre Rédempteur, dont la libéralité infinie répand seule sur nous tous les biens. Je le conjure de verser plus abondamment, sur vous tous, les dons de sa miséricorde, pour augmenter chaque jour ce qu'il a commencé à opérer dans vos âmes. Je l'attends avec confiance, et m'en repose sur cette bonté si empressée de communiquer ses dons, et sur cet amour éternel, plus prompt à nous accorder la grâce de la sainteté que nous ne le sommes à la désirer. Autrement son Fils co-éternel ne nous exhorterait pas à entreprendre ce que son bras puissant peut seul nous aider à accomplir quand il nous dit : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Soyez dons assu-
rés que rien ne nous manquera de son côlé, tant qu'il trouvera en nous l'iiumilité, et qu'il nous rendra dignes de ses dons par le désir de les posséder, et par notre ardeur à coopérer aux mouvements de sa grâce.
« Bien que je vous voie courir dans les voies de Dieu, j'ai voulu vous y exciter de nouveau; car véritablement si vous donnez des fruits qui répondent aux espérances qu'on a conçues de vous, dans ce pays et dans beaucoup d'autres, si la fin répond à ces cbmmencements, et vos œuvres à vos obligations, vous arriverez à un degré éminent dans les lettres et vous avancerez en même temps dans les voies de la perfection intérieure. Considérez bien votre vocation, et vous comprendrez que ce qui ne serait pas peu pour d'autres serait infiniment peu pour vous. Car Dieu ne vous a pas seulement appelé à son admirable lumière^ comme tous les autres fidèles ; mais, pour que vous conserviez plus sûrement la pureté de vos cœurs, et plus forts et plus inébranlables votre amour et voire dévouement à son divin service, il vous a miséricordieusement retirés de la mer orageuse du monde, vous a mis à l'abri des tempêtes qui soulèvent le désir des plaisirs, des ricbesses, des honneurs et la crainte de les perdre, si une fois on parvient à les posséder. De plus, pour que votre esprit f(it toujours -dégagé de l'attachement à ces biens terrestres et passagers, et que vous pussiez mieux atteindre le but réel et unique de votre existence qui est de procurer la gloire de Dieu et le salut du prochuin, il vous a placés dans cet Institut, où vous ne trouvez pas seulement une tendance générale vers l'accomplissement de vos devoirs, mais où se présentent aussi, à
l'aide des exercices qui s'y pratiquent, de nombreux moyens d'otfrir un continuel sacrifice de vous-mêmes à l'honneur de Dieu et à l'avantage de vos frères.
« De là vous devez comprendre combien est grand et noble le genre de vie que vous avez embrassé : rendez grâces au Seigneur de l'inestimable don de votre vocation ; demandez-lui le courage et la force d'accomplir une si haute destinée. Pour l'amour de Jésus et à l'exemple de saint Paul, fixez sans cesse vos regards sur l'espace que vous avez à parcourir dans la route «de la vertu, et regardez comme les plus grands ennemis de votre âme la tiédeur et la paresse, qui éteindraient en vous le désir de croître en piété et en science. Devenez imitateurs, non des faibles et des lâches, mais des hommes fermes et courageux ; rougissez d'être surpassés par les enfants du siècle, plus ardents à la poursuite des biens passagers de la terre que vous à obtenir les trésors de l'éternité : confondezvous en voyant qu'ils courent plus vite à la mort que vous à la vie. Comprenez toute votre misère si vous servez avec moins de fidélité le Roi du ciel qu'un prince de la terre n'est servi par ses courtisans ; et si un soldat, pour une fumée de gloire et le médiocre profit qu'il peut attendre du butin, combat l'ennemi avec plus de vigueur que vous n'en mettez pour vaincre l'enfer, le monde et vous-même, et conquérir une gloire et un royaume immortels.
« Je vous conjure donc, par l'amour que vous devez à Notre-Seigneur Jésus-Christ, de fuir toute tiédeur, toute lâcheté ; redoublez de ferveur pour vous perfectionner dans la vertu, et aussi dans les sciences ; car, pour l'une comme
pour l'autre, un seul effort généreux avance plus que mille résolutions ; et ce qu'un indolent acquiert en plusieurs années, l'homme fervent l'obtient en peu de jours dans la pratique de la vertu comme dans l'étude des lettres. La raison en est simple : ce dernier, travaillant d'abord à sa subjuguer lui-même et à détruire l'amour-propre, arrache avec lui toutes les racines des passions désordonnées, et par là se délivre des remords et des peines qui en proviennent. A leur place il sème dans son âme des habitudes vertueuses qui y germent avec facilité, y portent l'allégresse, et le disposent à goûter les saintes délices de Dieu, qui toujours console les siens et donne aux vainqueurs une manne cachée.
« La tiédeur, au contraire, conduit toujours à une vie triste et pénible, parce qu'elle fait négliger de détruire les germes qui produisent ce mécontentement amer, fruit de l'amour-propre et obstacle puissant aux divines consolations. Portez-vous donc avec une joyeuse ferveur à vos pieux exercices ; vous en éprouverez les salutaires effets pour la perfection de vos âmes, et vous goûterez encore les consolations de la vie présente. Si ensuite vous considérez la récompense éternelle qui vous est promise, vous reconnaîtrez bientôt avec saint Paul que les souffrances de la vie actuelle n'ont aucune proportion avec la gloire qui doit éclater un jour en nous \ puisque de courtes et légères afflictions nous "procurent le poids éternel d'une sublime et incomparable gloire *.