‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 10 sur 351 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

De tous les dons que le destin avare

A fait à l'homme, à mon sens, le plus rare

Et moins brillant est la Discrétion.

Cette inconnue arriva sur la terre

Apparemment du séjour du tonnerre ;

Elle amenait l'amitié, l'union,

L'art de régner, l'art d'aimer, l'art de vivre.

On s'aperçoit, à la lecture de ce livre, qu'on est au siècle de l'Encyclopédie et de Diderot. Tous les préjugés, toutes les vieilles idées, cet édifice usé d'un monde assis depuis treize cents ans sur des bases incertaines, sont impitoyablement et avec raison raillés dans ce poëme; la noblesse n'y est point oubliée :

Les Paladins suivaient confusément ;

Les uns montaient un point d'honneur ardent,

D'autres un char attelé de l'envie,

Chacun était perché sur sa folie ;

Fortune faite en pays étrangers,

Songes brillants enfumés de lauriers,

Prestiges vains, caprices, héritages,

Projets déçus, fidélité, bonheur,

Honneur enduit de la crasse des âges,

Protection, dettes de grand seigneur,

La chimérique et brillante cohue

Formait en l'air une profonde nue.

A propos de Charlemagne, Saint-Just écrit :

Il oublia par mégarde, je croi,

Qu'il était homme, et ne fut plus qu'un roi.

Ce n'était rien. Eh! qu'est-ce donc qu'un trône? Ce n'est qu'un bloc où chacun peut s'asseoir.

L'esprit philosophique circule au milieu de tout cela et se répand en vers souvent heureux :

Le cœur de l'homme est l'énigme du sphinx,

Si l'on pouvait, avec les yeux du lynx,

De ses replis éclairer la souplesse,

L'œil étonné, de maints hauts faits vantés,

Démêlerait les ressorts effrontés

Dont un prestige a fardé la bassesse.

L'homme, ce grand orgueilleux, ce dieu déchu, est sévèrement traité :

Il n'est, au plus, que la première bête De ce séjour dont il se dit le roi.

Maître du monde, esclave de lui-même, Il creuse tout et ne sait ce qu'il est. Son cœur, pétri d'orgueil et d'intérêt, Craint ce qu'il hait, méprise ce qu'il aime ; Impudemment il appelle vertu Le crime sourd d'un sophisme vêtu.

Je ne voudrais pas fatiguer le lecteur par des citations trop nombreuses ; il y a cependant quelques passages encore que je veux mettre sous ses yeux. Cette étude, d'ailleurs, ne manque pas d'un certain intérêt, et quelques vers, marqués au bon coin, me feront pardonner de m'y être arrêté plus longtemps peut-être que je ne l'aurais voulu. Lisez celte description du Temps :

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