LIVRE DEUXIÈME
le courage, la vieillesse, la piété filiale, le malheur. Elle remet le dépôt de sa Constitution sous la garde de toutes les vertus. »
Comme elle ménage les susceptibilités du pauvre, en déclarant que nul citoyen n'est dispensé de l'honorable obligation de contribuer aux charges publiques ! Cet article, combattu par le Girondin Ducos, qui appuyait un amendement tendant à ce qu'on n'exigeât aucune contribution de celui qui n'a que l'absolu nécessaire, et à ce qu'on établît l'impôt progressif, fut défendu en ces termes par Robespierre : « L'amendement, loin de servir le peuple, lui nuirait, car il établirait constitutionnellement l'aristocratie des richesses. N'ôtez point aux citoyens ce qui leur est le plus nécessaire : la satisfaction de présenter à la République le denier de la veuve. Bien loin d'écrire dans la Constitution une distinction odieuse, il faut, au contraire, y consacrer l'honorable obligation, pour tout citoyen, de payer sa contribution. »
Cette Constitution renferme enfin ces belles maximes, qui sont entièrement dans le chapitre IX de celle de Saint-Just, que nous avons cité :
« Le peuple français est l'ami et l'allié naturel des peuples libres.
» 11 ne s'immisce point dans le gouvernement des autres nations. Il ne souffre pas que les autres nations s'immiscent dans le sien.
» Il donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté. 11 le refuse aux tyrans.
» Il ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe son territoire. »
Ce fut à l'occasion de ce dernier article, qu'aux paroles de Mercier : « De tels articles s'écrivent ou s'effacent avec la pointe d'une épée. Avez-vous fait un pacte
avec la victoire? » furent répondus ces mots célèbres, poussés tout d'une voix par la Montagne, suivant Levasseur : « Non, mais nous en avons fait un avec la mort »
Cette Constitution, présentée le 10 juin, fut votée par acclamation le 24 du même mois. Paris illumina, et, de toutes parts, des adresses de félicitations parvinrent à l'Assemblée.
Mais, suspendue par les événements, elle disparut dans la catastrophe de thermidor et ne fut jamais appliquée, ce qui a fait dire sans doute qu'elle n'était pas applicable. Et cependant peut-être nous régirait-elle aujourd'hui si ses auteurs n'eussent pas été emportés avant elle. Dans tous les cas, ce qu'on ne peut lui contester, c'est qu'elle est douce, religieuse, morale et humaine ; ce qu'on ne doit pas oublier, c'est que ses partisans ont eu la consécration du martyre.