CHAPITRE VII
Insurrection girondine.— Essai de conciliation. — Saint-Justse propose en otage.— Soixante et dix départements se lèvent contre la Convention. — Menaces de Wimpfen. — La Vendée. — Rapport de Sainl-Just. — Sa modération. — Brissot dévoilé, par Camille Desmoulins. — Assassinat de
.Al a rat . — Saint-Just entre définitivement au Comité de Salut public.
Pendant que la Convention, sous les menaces qui grondaient sur elle, du dedans et du dehors, discutait héroïquement les articles de la nouvelle Constitution, quelques-uns des Girondins mis en arrestation chez eux, trompant la vigilance commode et complaisante des gendarmes chargés de les surveiller, étaient allés dans les départements, sonner le tocsin contre Paris et l'Assemblée.
La discussion était incessamment interrompue par la
nouvelle de quelque soulèvement. L'Eure et le Calvados donnèrent le signal de la guerre civile. L'insurrection s'étendit bientôt dans l'Ouest et dans le Midi. Un comité central de résistance fut installé à Caen, où Guadet, Barbaroux, Louvet, Larivière, Kervélegan et d'autres vinrent organiser la révolte. Biroteau à Lyon, Rabaut- Saint-Etienne à Nîmes, Grangeneuve à Bordeaux, prêchèrent publiquement la rébellion. Toulon et Marseille arborèrent le drapeau blanc. Comme on le voit, le parti des Girondins « se royalisait, » suivant l'expression de M. Michelet. Plusieurs d'entre eux, dont les sentiments républicains étaient restés intacts, furent épouvantés de leur propre ouvrage; et Rebecqui, de désespoir, se précipita dans la mer, expiant ainsi par une mort volontaire le crime d'avoir fait un instant cause commune avec les ennemis de la République.
Bientôt, on apprit avec indignation que quelques Montagnards en mission avaient été arrêtés, que plusieurs administrations de départements suspendaient l'envoi des contributions et méconnaissaient les décrets de la Convention. Toulouse, dans une déclaration signée par les présidents de ses quinze sections, menaçait Paris de le traiter comme une autre Sodome. La mesure était comble, et l'Assemblée sentait la nécessité de sévir. Cependant, avant d'en venir là, les chefs de la Montagne essayèrent de rassurer et de calmer les départements. Ni Danton, ni Saint-Just, ni Robespierre, ne voulaient la mort des Girondins. Leurs tentatives de conciliation le prouvent assez. Couthon et Danton s'offrirent en otages. Saint-Just, à qui le Comité de Salut public allait bientôt confier le soin de rédiger un rapport sur les déplorables menées de la Gironde, Saint-Just proposa généreusement de se rendre à Caen, au foyer même de la révolte.