‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 102 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

C'est Garât qui nous l'apprend; Garât, qu'on ne peut suspecter de partialité en faveur de Saint-Just (1).

Ces tentatives de conciliation n'aboutirent point, par la faute des Girondins qui repoussèrent très-stoïquement peut-être, mais très-imprudemment, toute espèce de compromis entre eux et les Montagnards. « Qu'ils prouvent que nous sommes coupables, » écrivait Vergniaud, sans doute dans l'ignorance de tout ce qui se passait dans les départements, « sinon, qu'ils aillent eux-mêmes à l'échafaud. » Au sein de la Convention, Ducos et Fonfrède repoussèrent ces mesures comme mesquines et pusillanimes. Ce refus superbe parut une provocation. Les événements qui survinrent achevèrent de perdre la Gironde.

Soixante et dix départements s'étaient prononcés contre la Convention, et le général royaliste Wimpfen, trahissant la confiance dont l'avait investi l'Assemblée, et non content de prendre le commandement des rebelles, adressait à tous les généraux de la République une sorte de circulaire pour les engager à se joindre à la coalition. Mandé à la barre de la Convention, il avait répondu insolemment : « Si je me rends à Paris, ce ne sera qu'à la tête de soixante mille hommes. » Et cet homme, avec lequel s'associaient les Girondins, mettait à la tête des troupes de la Fédération, qui? un Vendéen, un chouan, M. de Puisaye (2) .

Vers le même temps, les royalistes remportaient à Saumur une victoire qui leur ouvrait la route de Paris. Cette mauvaise nouvelle, annoncée par Robespierre aux Jacobins, accrut encore la fureur contre les membres

(1) Mémoires de Garât, p. 149.

(2) Mémoires de Levasseur, t, I, p. 312.

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fugitifs du côté droit, dont plusieurs étaient, avec raison, soupçonnés d'attiser cette guerre impie de la Vendée, qu'un écrivain plébéien n'a pas craint de qualifier de « sainte (1). » Sainte! la guerre où des milliers de paysans aimaient mieux se battre contre leurs concitoyens que de courir défendre à la frontière la République qui les affranchissait; sainte! la guerre dont le premier mobile n'a été qu'une pensée d'intérêt égoïste et personnel; sainte! la guerre où les massacres accomplis par les partisans de la prétendue bonne cause eurent un caractère de férocité et de barbarie laissant bien loin derrière eux les tueries de septembre !

Ces proclamations incendiaires, ces départements en feu, ces soulèvements, tout cela, qui peut le nier? était l'œuvre des Girondins. Ce ne fut pas le crime de tous, disons-le à l'honneur de ceux qui demeurèrent purs, mais tous durent être fatalement soupçonnés. 11 n'en pouvait être autrement. Le temps, loin d'affaiblir les preuves de la culpabilité de certains d'entre eux, les a, au contraire, fortifiées d'une manière accablante. Si, dans son appréciation générale, Saint-Just commit quelques erreurs, il se trompa de bonne foi. Il fut l'écho de la voix publique, celle qu'à certaines heures on se plaît à appeler la voix de Dieu : mais on verra avec quel soin, dans son rapport, il cherche à distinguer les vrais coupables de ceux qui n'étaient qu'égarés.

Pour parer à un péril extrême, il fallait d'extrêmes mesures; pour faire rentrer dans le devoir les départements soulevés contre la Convention, il ne suffisait plus de quelques paroles de conciliation et de paix, il était nécessaire de frapper un grand coup et de prouver au

(1) M. Éd. Fleury : Saint-Just, 1. 1, p. 286.

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