‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 104 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

vertu républicaine, et traitant d'anarchie tout ce qui n'était pas conforme à leurs idées et à leurs opinions.

Il reproche à Brissot d'avoir habité le palais des rois ; et lui fait un crime, bien à tort suivant nous, d'avoir, avant le 10 août, défendu la Constitution de 1791, qui était alors le seul drapeau possible de tous les patriotes et de tous les amis de la liberté.

De la liaison de certains Girondins avec la famille d'Orléans, et surtout de la douleur manifestée par Vergniaud, en proposant la déchéance du roi, il conclut qu'on voulait seulement une révolution dans la dynastie afin de conserver un grand crédit sous une régence ou sous une usurpation. Suivant le rapporteur, l'abolition de la royauté fut le signal des haines du parti de la Gironde, qu'il accuse d'avoir, avec une intention hostile, retardé le jugement du roi.

« Quand vous arrivâtes ici, poursuit-il, le Nord et le Midi se tenaient embrassés; le même enthousiasme pour la liberté unissait tous les Français, tout le monde courait aux armes, tous les départements étaient amis; le premier transport de la liberté avait immolé des victimes, mais il fallait pleurer sur elles et n'accuser que le malheur des temps. La France est-elle plus heureuse depuis que des hommes qui se disaient sensibles ont allumé la guerre civile ou promené par toute la France le glaive de septembre, et rendu la conquête de cet empire plus facile? »

Sans les incessantes déclamations des Girondins, pense le rapporteur, l'ordre eût régné dans la République, car on calme l'anarchie par la sagesse du gou-

vernenient, tandis qu'on l'irrite par des clameurs inopportunes et sans fruit.

« Comme le déguisement et l'hypocrisie sont le fondement des conspirations, on se doit défier beaucoup des apparences dont les conjurés savent ordinairement se couvrir.

» Mais il suffit de prendre dans la nature des choses les moyens qu'on doit employer lorsqu'on veut servir sa patrie et faire le bien, et ceux qu'on doit naturellement employer pour la trahir et faire le mal. Ceux donc qui, dans les révolutions, veulent fixer un gouvernement provisoire ou anarchique, ceux-là préparent sourdement le retour de la tyrannie, car ce gouvernement provisoire ne se pouvant soutenir que par la compression du peuple et non par l'harmonie, le corps social finit par être assujetti ; comme il n'y a point de forme de gouvernement constante et qui repose sur des lois, tout dégénère et tout s'altère ; il n'y a plus d'intérêt public, et le besoin du repos fait enfin supporter l'esclavage.

» Un usurpateur qui veut arriver à son but par ce moyen, ne manque pas de bonnes raisons pour perdre ceux qui s'y opposent ; tous les vices sont bientôt de son parti, de même que tous ceux qui veulent jouir...

» La sagesse seule et la patience, dit-il plus loin,

peuvent constituer une République, et ceux-là n'en ont point voulu parmi nous, qui ont prétendu calmer l'anarchie par autre chose que par la douceur et la justice du gouvernement. »

S'emparant des dénonciations faites par Louvet et Barbaroux sur les projets de dictature et de triumvirat si gratuitement prêtés à Robespierre, à Danton et à

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