‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 105 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Marat, il frappe de ridicule ces accusations dénuées de toute espèce de fondement, et montre ces prétendus dictateurs et triumvirs tellement impuissants, qu'on les dénonçait et qu'on les outrageait impunément.

Puis, remontant aux journées de septembre, le lendemain desquelles l'austère et intègre Roland avait écrit : « Il y a des jours sur lesquels il faut peut-être jeter un voile, » et que certains membres de la Gironde, par la plus insigne injustice, avaient reprochées à Robespierre, le jeune rapporteur établit parfaitement la part de responsabilité qui revient à chacun, et dans'un passage d'une légitime indignation, il s'élève jusqu'au pathétique.

« On avait fait, dit-il, des réputations saintes dans le parti secret de la royauté; on fit des réputations horribles dans le parti républicain.

» Aucun de ceux qui avaient combattu le 10 août ne fut épargné; la Révolution fut flétrie dans la personne de ses défenseurs, et de tous les tableaux consolants qu'offraient ces jours prodigieux, la malignité n'offrit au peuple français que ceux de septembre, tableaux déplorables sans doute, mais on ne donna point de larmes au sang qu'avait versé la cour ! Et vous aussi, vous avez été sensibles aux agonies du 2 septembre. Et qui de nous avait plus de droit de s'en porter les accusateurs inflexibles, ou de ceux qui, dans ce temps-là, jouissaient de l'autorité et répondaient seuls de l'ordre public et de la vie des citoyens, ou de nous tous qui arrivions désintéressés de nos déserts? Pétion et Manuel étaient alors les magistrats de Paris. Ils répondaient à quelqu'un qui leur conseillait d'aller aux prisons, qu'ils ne voulaient point risquer leur popularité ! Celui qui voit égorger sans pitié est plus cruel que celui qui tue ; mais, lorsque l'intérêt a

fermé le cœur des magistrats du peuple, et les a dépravés jusqu'à prétendre conserver leur popularité en ménageant le crime, on doit conclure qu'ils méditaient un crime eux-mêmes, qu'ils ont dû conspirer contre la République, car ils n'étaient point assez vertueux pour elle. Ils ont dû déplorer les forfaits qu'ils ont laissé commettre pour n'en être pas accusés, ils ont dû jouer l'austérité pour adoucir l'horreur de leur conduite et tromper leurs concitoyens. Accusateurs du peuple, on ne vous vil point, le 2 septembre, entre les assassins et les victimes... Quels qu'aient été les hommes inhumains qui versèrent le sang, vous en répondez tous, vous qui l'avez laissé répandre. »

Il est à regretter queSaint-Just ait cru devoir ramasser dans le libelle de Camille Desmoulins certaines accusations qui sont de pures calomnies, comme celle portée contre Brissot, d'avoir fait assassiner Morande, son ennemi; ou cette autre, portée contre les Girondins, d'avoir conspiré, chez Valazé, le massacre d'une partie de la Convention.

Saint-Just a tort également, suivant nous, en accusant les Girondins de n'avoir fait déclarer la guerre à toute l'Europe que pour attirer l'attention des esprits au dehors et venir plus facilement à bout de leurs projets. Il a tort en reprochant à quelques-uns d'entre eux leurs propositions de clémence dans le jugement du roi; il a tort aussi en les accusant de complicité avec Dumouriez; mais comme il a raison sur d'autres points ! Les déclamations continuelles contre Paris, les dénonciations incessamment renouvelées, les tentatives réactionnaires et les erreurs de la commission des Douze, l'insurrection dans les départements, tout cela était l'œuvre des Giron-

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