‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 114 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

d'instruction dont l'étude difficile n'est pas à la portée de tous les hommes.

Le 26 juillet, la Convention ordonna l'établissement, sur plusieurs points de la République, du télégraphe inventé par Chappe.

Le lendemain, sur la proposition de Sergent, elle décréta l'ouverture d'un musée national, dans la galerie joignant le Louvre aux Tuileries, et vota une somme annuelle pour l'achat de tableaux et de statues dans les ventes particulières, répondant ainsi d'avance, par ses actes, à ceux qui devaient l'accuser d'avoir proscrit les arts.

Le 1er août, création du système décimal.

C'est aussi de ce mois que date le Code civil, dont le rapport et les premiers titres furent lus par Cambacérès, dans les séances des 21 et 22.

Dans le courant du mois de septembre, l'Assemblée ordonna la formation du Grand-Livre, pour inscrire et consolider la dette non-viagère, rassurant, par ce décret, tous les créanciers de l'ancienne monarchie.

Romme lut, dans le même mois, son projet de calendrier républicain, adopté le 5 octobre suivant. « Le temps, disait-il dans son rapport, ouvre un nouveau livre à l'histoire, et, dans sa marche nouvelle, majestueuse et simple comme l'égalité, il doit graver d'un burin neuf et pur les annales de la France régénérée. » A la place de l'absurde calendrier qu'on nous a fait la grâce de nous rendre , la Convention décrétait l'établissement d'un calendrier conforme à la nature et à la raison, et tout rayonnant d'une charmante poésie.

En même temps, était adopté le projet d'uniformité des poids et mesures, basé sur le système décimal, et qui devait porter l'ordre et l'économie dans les transactions;

chef-d'œuvre de bon sens qu'adopteront un jour, il faut l'espérer, tous les peuples de la terre.

Tout cela en quelques mois à peine; voilà pour les grandes mesures d'utilité générale. Voici maintenant pour les grandes mesures de salut public.

Après avoir, dans la fête du 10 août, consacré solennellement la nouvelle Constitution , acceptée par le peuple entier, la Convention songea à défendre son œuvre et prit, à cet effet, les déterminations les plus vigoureuses.

Le 25, elle décréta, sur la proposition de son Comité de Salut public :

« Dès ce moment, jusqu'à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat, les hommes mariés forgeront des armes et transporteront des subsistances; leurs femmes feront des tentes, des habits, et serviront dans les hôpitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie ; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, la haine des rois et l'unité de la République.

» Les maisons nationales seront converties en casernes; les places publiques en ateliers d'armes; le sol des caves sera lessivé pour en extraire le salpêtre.

» Les armes de calibre seront exclusivement confiées à ceux qui marcheront à l'ennemi ; le service de l'intérieur se fera avec des fusils de chasse et l'arme blanche.

» Les chevaux de selle seront requis pour compléter les corps de cavalerie; les chevaux de trait, autres que ceux employés à l'agriculture, conduiront l'artillerie et les vivres...

» Nul ne pourra se faire remplacer dans le service pour lequel il sera requis; les fonctionnaires publics resteront à leur poste.

» La levée sera générale ; les citoyens non mariés, ou veufs sans enfants, de 18 à 25 ans, marcheront les premiers; ils se rendront, sans délai, au chef-lieu de leur district, où ils s'exerceront tous les jours au maniement des armes, en attendant l'ordre du départ.

» Les représentants du peuple régleront les appels et les marches, de manière à ne faire arriver les citoyens armés au point de rassemblement qu'à mesure que les subsistances, les munitions et tout ce qui compose l'armée matérielle, se trouvera exister en proportion suffisante.

» Le bataillon qui sera organisé dans chaque district sera réuni sous une bannière portant celte inscription : Le peuple français debout contre les tyrans, etc. »

Toutes ces mesures, acclamées avec un irrésistible enthousiasme, suffirent pour pousser le peuple aux frontières et contre les départements insurgés. Non, jamais on ne vit pareil élan d'une nation se levant en masse pour la défense de ses droits et de sa liberté.

Au milieu des convulsions de ce terrible mois de septembre, quand la réaction, soudoyée par l'étranger, redoublait, par tous les moyens, les embarras de la situation; quand les ennemis de la République croyaient assister à son agonie, comment s'étonner de sévérités excessives? Il y avait pour la France une question de vie ou de mort, et tous les moyens semblèrent bons pour le salut. D'ailleurs, si les exagérations démagogiques furent combattues, ce fut surtout par Saint-Just et ses amis. Quand un- membre de l'Assemblée proposa de décréter

qu'il était permis d'assassiner Pitt, ce fut Couthon qui protesta; et Robespierre combattit résolument le ci-devant prêtre Jacques Roux, lorsque celui-ci vint, au nom d'une section de Paris, provoquer des vengeances et menacer la Convention.

On reconnaissait cependant qu'il était temps d'imposer à tous les ennemis de la République par une énergie suprême. Barère, un thermidorien ! ne l'oublions pas, fit, dans l'orageuse séance du 5 septembre, un rapport d'une violence inouïe, dans lequel il était dit : « Plaçons la terreur à l'ordre du jour; c'est ainsi que disparaîtront en un instant et les royalistes et les modérés, et la tourbe contre-révolutionnaire qui vous agite. Les royalistes veulent du sang, eh bien, ils auront celui des conspirateurs, desBrissot, des Marie-Antoinette... »

A la suite de ce rapport, furent décrétées les mesures les plus redoutables. Ainsi : organisation d'une armée révolutionnaire; autorisation des visites domiciliaires pendant la nuit ; et, sur la proposition de Merlin (de Douai), extension plus grande donnée au tribunal criminel extraordinaire, qui fut divisé en quatre sections; peine de mort prononcée contre toute personne convaincue d'avoir acheté ou vendu des assignats, de les avoir refusés en payement ou d'avoir tenu des discours tendant à les discréditer; gratification de cent livres par condamné aux citoyens dénonciateurs de ces délits, etc.

Quelques jours après, Merlin (de Douai) reparut à la tribune, et: au nom du comité de législation dont Cambacérès était président, il présenta une loi relative aux gens suspects, que l'Assemblée adopta sans discussion. Si nous mentionnons ici cette dernière loi , contre laquelle s'élèvent encore, aujourd'hui, les malédictions du monde, c'est pour bien démontrer qu'elle ne fut pas

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