‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 117 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

avez diminué les moyens de tourmenter la patrie; mais, depuis les taxes, ceux qui avaient des capitaux ont vu doubler, au même instant, ces capitaux. Il est donc nécessaire que vous chargiez l'opulence des tributs ; il est nécessaire que vous établissiez un tribunal, pour que tous ceux qui ont manié, depuis quatre ans, les deniers de la République y rendent compte de leur fortune : cette utile censure écartera les fripons des emplois. Le trésor public doit se remplir des restitutions des voleurs, et la justice doit régner à son tour après l'impunité. »

Il conseille d'éviter les émissions d'assignats parce qu'elles ne profitent qu'aux riches, et critique, avec une grande force de logique, les taxes dont il a été constamment l'ennemi, et que cependant, ajoute-t-il, les circonstances ont rendues nécessaires. Après avoir examiné les pertes subies par l'État dans la vente des biens nationaux, il déclare que, quelles que soient ces pertes, les acquéreurs n'ont rien à craindre, car, selon lui, la perte du crédit national serait plus grande encore. « La probité du peuple français, dit-il, garantit l'aliénation des domaines publics. »

Pour obvier à la pénurie des finances, continue-t-il, des projets d'emprunts, de banque et d'agiotages de toute espèce sur les monnaies et les subsistances, ont été proposés au Comité de Salut public qui les a rejetés, ne voulant d'autre remède qu'une rigoureuse économie et une surveillance sévère.

Après avoir rapidement esquissé la déplorable situation du commerce, languissant partout; après avoir montre l'étranger profitant du maximum et faisant concurrence à la République sur les marchés français, après avoir

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proposé des mesures pour empêcher l'ennemi de tirer avantage de nos propres lois, il poursuit ainsi :

« Dans les circonstances où se trouve la République, la Constitution ne peut être établie ; on l'immolerait par elle-même. Elle deviendrait la garantie des attentats contre la liberté, parce qu'elle manquerait de la violence nécessaire pour les réprimer. Le gouvernement présent est aussi trop embarrassé. Vous êtes trop loin de tous les attentats ; il faut que le glaive des lois se promène partout avec rapidité, et que votre bras soit partout présent pour arrêter le crime.

» Vous devez vous garantir de l'indépendance des administrations, diviser l'autorité, l'identifier au mouvement révolutionnaire et à vous, et la multiplier.

» Vous devez resserrer tous les nœuds de la responsabilité, diriger le pouvoir, souvent terrible pour les patriotes , et souvent indulgent pour les traîtres. Tous les devoirs envers le peuple sont méconnus ; l'insolence des gens en place est insupportable; les fortunes se font avec rapidité.

» Il est impossible que les lois révolutionnaires soient exécutées , si le gouvernement lui-même n'est constitué révolutionnairement.

» Vous ne pouvez point espérer de prospérité si vous n'établissez un gouvernement qui , doux et modéré envers le peuple, sera terrible envers lui-même par l'énergie de ses rapports : ce gouvernement doit peser sur luimême, et non sur le peuple. Toute injustice envers les citoyens, toute trahison, tout acte d'indifférence envers la patrie, toute mollesse, y doit être souverainement réprimée.

» Il faut y préciser les devoirs, y placer partout le

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