CHAPITRE II
Les étrangers. — Rapport deSaint-Just. — Mort de Marie-Antoinette. Le citoyen Villatc. — Camille Desmoulins et le général Dillon.
Il y avait à cette époque, à Paris, une foule d'étrangers dont les allures suspectes avaient éveillé l'attention du Comité de Salut public. Les uns, enfants perdus de la civilisation, étaient venus s'abattre sur la France en révolution, comme sur une proie facile à dévorer, et voyaient un moyen de fortune dans la détresse générale; les autres, soudoyés par les gouvernements ennemis de la République, se faufilaient dans les sections et dans les comités révolutionnaires, poussaient aux moyens extrêmes, et cherchaient à faire périr l'État par l'exagération des mesures de salut.
La main de l'Angleterre était visible dans toutes ces manœuvres, et une loi de police avait été rendue contre
les Anglais résidant en France. Pons (de Verdun) ayant demandé l'abolition de cette loi ou son application à tous les étrangers, l'Assemblée renvoya l'examen de cette proposition à son Comité de Salut public, au nom duquel Saint-Just vint faire un rapport à ce sujet, le 25 vendémiaire an il (16 octobre 1793).
Après avoir, dès le début, expliqué parfaitement pourquoi il y avait nécessité de maintenir cette loi contre un peuple violateur du droit des gens, avec une barbarie auparavant inconnue, et pourquoi il serait impolitique de l'étendre à toute l'Europe; après avoir amèrement censuré les intrigants qui tentaient de corrompre l'esprit public et s'efforçaient de répandre sur le peuple l'épouvante mise à l'ordre du jour contre les méchants et les ennemis de la République, il ajoutait :
« Il y a des factions dans la République : faction de ses ennemis intérieurs ; faction des voleurs, qui ne la servent que pour sucer ses mamelles, mais qui la traînent a sa perte par l'épuisement.
» Il y a aussi quelques hommes impatients d'arriver aux emplois, de faire parler d'eux et de profiter de la guerre.
» Tous les partis, toutes les passions diverses concourent ensemble à la ruine de l'État, sans pour cela s'entendre entre elles.
» Le comité, convaincu qu'on ne peut fonder une République si l'on n'a le courage de la nettoyer d'intrigues et de factions, veut parler au peuple et à vous un langage sincère. Quiconque dissimule avec le peuple est perdu.
» Aussi, aujourd'hui même que vous avez porté une loi salutaire contre la perfidie anglaise, on l'a voulu