‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 125 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

qu'elle se réveillera et fera la guerre aux rois, au lieu de la faire aux peuples. Il voit, d'ailleurs, dans le commerce avec l'Angleterre, qui n'échange que des objets de luxe, un moyen d'avilir nos manufactures, tandis que nous trouvons dans les autres pays les matières premières dont nous avons besoin, telles que les cuirs, les métaux et les bois. C'est donc le riche bénéfice des Anglais sur la main-d'œuvre que le Comité de Salut public a cherché à proscrire. Ce n'est pas, d'ailleurs, la nation anglaise, en elle-même, qu'on veut atteindre ; « car, dil-il, toutes les lois que vous ferez contre le commerce de l'Angleterre seront des lois dignes de la reconnaissance du peuple français, également opprimé par la noblesse, par le ministère et par les commerçants. Ceux qui ont prétendu ici que vos décrets nationalisaient la guerre, ont-ils fait cette insulte à l'Angleterre de n'y reconnaître comme nation que ses traitants et son roi? »

A travers tous ces discours de Saint-Just, écrits en style si concis, si clair et si dogmatique, on sent de temps à autre circuler un filon de poésie, comme un souvenir de ses premiers et chers travaux, et l'image, toujours juste, y tempère souvent l'aridité du sujet. Après avoir flétri la conduite de Pitt envers la France, il ajoute : « Nous devons être en état de violence et de force contre un ennemi en état de ruse. Un jour de révolution parmi nous renverse ses vastes projets, comme le pied d'un voyageur détruit les longs travaux d'un insecte laborieux. »

En conséquence, il propose à la Convention de maintenir la loi contre les Anglais, et d'étendre la détention à tous les étrangers suspects, en exceptant toutefois les femmes qui ont épousé des Français, « les femmes n'ayant d'autre patrie que celle de leurs enfants. »

« Il faut plaindre, poursuit-il, pour l'honneur de l'homme, la nécessité qui nous a conduits à ces extrémités ; mais il faut plaindre aussi la République, contre laquelle tout a conspiré, et dont ses enfants mêmes ont dévoré le sein.

» La détention de ces étrangers ne doit les priver que des moyens de correspondre avec leur pays et de nous nuire. Cette détention doit être douce et commode, car la République exerce contre eux une mesure politique, et non un ressentiment.

» Vous avez, dil-il, demandé des moyens de représailles contre les atrocités des officiers ennemis. Ces moyens sont militaires , et si l'on parvenait à vous faire porter des lois prohibitives, ce serait une perfidie qui nous priverait de cuirs, de bois, d'huile et de métaux. »

On sait que l'Assemblée, sur la proposition de Barère, avait décrété que l'infortunée femme de Louis XVI serait traduite au tribunal révolutionnaire. Saint-Just prononça son discours le lendemain de la séance dans laquelle Barère s'était écrié, en pleine Convention, qu'une femme scélérate allait expier ses forfaits, et le jour même où Marie-Antoinette avait payé de sa tête l'irréparable gloire de s'être assise sur le trône de France. Le jeune rapporteur termina par une sanglante allusion, que l'exaltation du temps et les fureurs criminelles des ennemis de la République peuvent seules faire excuser.

« Votre comité a pensé que la meilleure représaille envers l'Autriche était de mettre l'échafaud et l'infamie dans sa famille, et d'inviter les soldats de la République à se servir de leurs baïonnettes dans la charge »

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