‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 14 sur 351 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Voyage à Paris. — Portrait de Saint-Just. — Les grandes dames de Blérancourt.— Le couvent de Picpus. — Madame Thorin. — Lettre de Thuillier. — Odieuse calomnie. — Une voix de prison. — Le beau-frère de Saint-Just. — Séjour à Chaulnes. — Une lettre de Saint-Just.

Après la publication de son poëme, Saint-Just se rendit à Paris et fut présenté à Camille Desmoulins, déjà célèbre. Celui-ci accueillit assez froidement le jeune poëte, dont cependant, comme on l'a vu, il consentit à annoncer l'œuvre dans son journal des Révolutions de France et de Brabant.

On touchait à la fin de cette année 1789, date mémorable d'affranchissement et de résurrection ! Après avoir assisté à diverses séances de l'Assemblée nationale et du club des Jacobins, Saint-Just revint à Blérancourt, émerveillé de l'Assemblée, de ce peuple déjà fait à ses nou-

velles destinées, et du roi lui-même, plein de confiance alors en cette révolution qui devait les dévorer l'un et l'autre.

Il fut dans son pays le propagateur zélé des éternels principes qui venaient d'être proclamés ; il les répandit partout comme une Bible nouvelle, et fut l'apôtre éloquent de cet autre Messie personnifié dans la grande Assemblée où se trouvaient réunis les plus purs et les plus illustres talents de la France. Sa foi ardente, son enthousiasme, la grâce de sa parole exercèrent un puissant effet sur ses auditeurs, et sa renommée ne tarda pas à s'étendre au loin. La nature l'avait, d'ailleurs, admirablement favorisé pour charmer et séduire les masses. La régularité de ses traits, sculptés à l'antique, le faisait ressembler à l'Antinous ; ses yeux bleus au regard profond, et jusqu'à sa tournure un peu roide lui donnaient un air de gravité imposante et attractive. Il était toujours vêtu avec une certaine recherche, et n'eut garde, comme tant d'autres le firent par calcul ou par indifférence, de négliger le soin de sa personne et de sa toilette, cette distinction extérieure qui est au corps ce que l'affabilité est à l'âme.

Au milieu de ses préoccupations politiques, il continuait de vivre en famille, près de sa mère et de ses sœurs, administrant avec la plus grande sagesse le modeste patrimoine laissé par son père, et montrant déjà l'exemple d'une austérité de mœurs dont il ne se départit jamais par la suite.

M. Fleury eût été trop désolé de laisser passer intacte cette réputation d'honnêteté domestique, si longtemps respectée par les ennemis mêmes de Saint-Just. Sur je ne sais quelle tradition, tirée je ne sais d'où, il en fait un don Juan de campagne, mainte et mainte fois compro-

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