LIVRE TROISIÈME
dèle original d'autres proclamations, tant admirées depuis, et qui n'ont pas plus d'éloquence martiale et d'énergie militaire. Les unes comme les autres ont électrisé les troupes et les ont forcées au triomphe.
La Convention commençait alors à recueillir les fruits de son indomptable fermeté. Au Midi, dans l'Ouest et au Nord, les armes de la République avaient le dessus; l'Europe voyait ses efforts s'épuiser en pure perte; et, à l'intérieur, la rébellion, si menaçante en juillet, rentrait dans l'ombre, frémissante et subjuguée. Saint-Just et le Bas ne manquèrent pas de mentionner, dans leurs proclamations, ces grands événements si bien de nature à exciter l'émulation de l'armée du Rhin.
« Soldats, disaient-ils, les Espagnols sont en fuite. Les 24 et 25 du mois dernier, l'armée du Nord a délivré Maubeuge et mis en déroute les Autrichiens. L'armée du Nord doit cet avantage à sa discipline.
» Chollet et Mortagne sont en notre pouvoir; partout la République et la liberté triomphent.
» Soldats de l'armée du Rhin, méprisez l'ennemi que vous avez devant vous. Il ne vous a point vaincus ; il vous a trahis. De faux déserteurs vous ont tendu les bras. Vous les avez embrassés. On n'embrasse pas les tyrans, on les tue.
» Soyez donc sur vos gardes. Aimez la discipline qui fait vaincre. Exercez-vous au maniement des armes; demeurez dans vos camps et préparez-vous à vaincre à votre tour... »
Les troupes, enthousiasmées par de telles paroles, ne tardèrent pas à prendre la revanche des revers subis avant l'arrivée des commissaires généraux. Attaquées
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les 5 et 6 brumaire, non loin de Saverne, par un ennemi de beaucoup supérieur en nombre, elles accomplirent des merveilles, quoique n'ayant que des pièces de quatre et de huit à opposer à de la grosse artillerie; l'infanterie française, mal armée, soutint sans reculer d'un pas le choc d'une puissante cavalerie; et l'armée austro-prussienne, culbutée et rompue, fut forcée de fuir, en laissant sur le terrain plus de cinq cents cadavres.
Saint-Just et le Bas annoncèrent en ces termes ce succès à la Convention :
« L'ennemi a attaqué les troupes de la République près Saverne, et les a chassées du bois de Reschfeld ; mais nos braves républicains sont revenus à la charge, ont chassé l'ennemi à leur tour, et lui ont tué cinq cents hommes. Notre perte a été très-peu considérable. Le général qui doit commander cette armée est arrivé. De cet instant, les affaires iront beaucoup mieux. Nous nous occupons sans relâche à épurer les officiers ; le nombre des patriotes est bien petit parmi eux. Si cet épurement eût eu lieu avant l'affaire de Wissembourg, l'ennemi n'aurait pas passé les lignes. »
Quelques jours après cet engagement, un parlementaire prussien fut envoyé à Strasbourg auprès des commissaires extraordinaires pour demander une suspension d'armes. Il n'obtint de Saint-Just et de le Bas que cette fière et héroïque réponse : « La République française ne reçoit de ses ennemis et ne leur envoie que du plomb (1). » Il apparut, dès lors, à l'ennemi qu'il n'avait
(1) Voyez le Moniteur du 15 brumaire an h, n° 45.