LIVRE TROISIÈME
circonstance, comme nous en avons été témoins à une époque moins éloignée de nous, certaines familles opulentes, les unes mues par un véritable sentiment de patriotisme, les autres cédant à la pression de la peur, s'empressèrent d'offrir des avances a la République. Mais ce généreux élan ne fut pas suivi, et, le 10 brumaire, Saint-Just et le Bas rendirent l'arrêté suivant :
« Les représentants du peuple, informés de la bonne volonté des citoyens du Bas-Rhin pour la patrie; convaincus par les démarches et les sollicitations faites auprès d'eux pour provoquer les moyens de repousser l'ennemi commun, que la patrie n'a point fait d'ingrats dans ces contrées ; touchés de la sensibilité avec laquelle les citoyens fortunés de Strasbourg ont exprimé leur haine des ennemis de la France et le désir de concourir à les subjuguer; frappés des derniers malheurs de l'armée que les riches de cette ville se sont offerts de réparer; plus touchés encore de l'énergie de ces riches qui, en sollicitant un emprunt sur les personnes opulentes, ont demandé des mesures de sévérité contre ceux qui refuseraient de les imiter;
» Voulant, en même temps, soulager le peuple et l'armée, arrêtent ce qui suit :
» Il sera levé un emprunt de neuf millions sur les citoyens de Strasbourg dont la liste est ci-jointe.
» Les contributions seront fournies dans les vingtquatre heures.
» Deux millions seront prélevés sur cette contribution pour être employés aux besoins des patriotes indigents de Strasbourg. Un million sera employé à fortifier la place. Six millions seront versés dans la caisse de l'armée.