‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 152 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Le comité de surveillance, dans la répartition de l'emprunt, put, sans doute, commettre quelques erreurs, mais il est juste de dire qu'il admit les réclamations qui lui parurent fondées; des citoyens sur la fortune desquels on s'était trompé, furent entièrement déchargés de la taxe; d'autres obtinrent une réduction considérable (1). Ajoutons que les mesures réparatrices, prises par le comité de répartition, le furent sur l'ordre même de Saint-Just.

Tous les arrêtés et proclamations de Saint-Just et de le Bas reçurent la consécration légale de la Convention. Plus tard, après thermidor, aux plus beaux jours de cette sanglante réaction dont les contre-révolutionnaires surent tirer un si déplorable profit, les citoyens de Strasbourg imposés en vertu de l'arrêté des commissaires généraux, eurent l'idée d'adresser une réclamation à l'Assemblée. Leurs prétentions, soutenues, dans la séance du 21 nivôse an m, par Dentzel et Enguerrand, furent vivement combattues par Charlier, et surtout par Duhem, qui s'éleva avec force contre ces demandes, chaque jour renouvelées, de reviser tous les actes de la Révolution « pour ramener te peuple à l'esclavage. » Ehrmann, faisant une petite concession, répondit qu'on ne réclamait pas contre les taxes révolutionnaires, mais contre leur inégale répartition. 11 raconta alors qu'un aubergiste, taxé à quarante mille livres, avait offert sur une assiette les clefs de sa maison à Saint-Just, en le priant de se charger de ses créances. Cette absurde allégation, à l'appui de laquelle aucune preuve n'était apportée, fut dédaigneusement accueillie par l'hilarité générale, et l'Assemblée,

(1) Voyez le Recueil des pièces authentiques pour servir à l'histoire de la Révolution à Strasbourg, 1. 1, p. 5i et suiv.

sur la proposition de Clauzel, décréta la question préalable, donnant ainsi gain de cause à la mémoire des deux illustres députés, qu'à une autre époque elle avait proclamés les sauveurs du département du Bas- Rhin (1).

Grâce à cet emprunt forcé sur les riches, grâce à ces assignats auxquels leurs mains ne touchèrent point, Saint-Just et le Bas donnèrent du pain à des milliers d'indigents que le désespoir aurait soulevés d'un moment à l'autre et portés à de déplorables extrémités ; vêtirent les soldats qui, pieds nus ou chaussés de mauvais sabots, étaient incapables de supporter de longues fatigues, et rendirent aux troupes ce bien-être si nécessaire au maintien de l'ordre et de la bonne discipline. Us n'avaient qu'un but, but glorieux et atteint : faire triompher la cause républicaine à l'intérieur et au dehors, et le Bas pouvait écrire à sa femme ces lignes, dignes de son grand cœur :

«... Si, comme je l'espère, nous rendons d'importants services à la patrie dans ce pays, je retournerai à toi avec une double satisfaction, et tu m'en aimeras mieux... Je suis très-content de Saint-Just; il a des talents que j'admire et d'excellentes qualités. Il te fait ses compliments... On te dira que nous prenons toutes les mesures nécessaires pour forcer promptement l'ennemi à quitter l'Alsace, et faire triompher la cause du patriotisme. Voilà ce qui me console d'être éloigné de toi. Prends du courage, chère amie; embrasse ma sœur pour moi. Je vous aime toutes deux pour la vie. Saint-Just te fait ses compliments ; il espère t'apaiser. »

(!) Voyez le Moniteur du 24 nivôse an ni, n° 114.

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