‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 154 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

mission signée de leur général pour entrer à Strasbourg; eh bien , nous avons trouvé le moyen de vous faire passer au moins deux cents hommes, petit à petit , sans qu'ils puissent s'en apercevoir. Vous savez qu'il entre journellement des caissons en ville; nos deux amis, habillés en gardes nationaux, ont feint d'être blessés , et ont demandé à y entrer en donnant la pièce aux conducteurs ; ces derniers y ont consenti et nos gens sont chez notre trésorier. En partant, nous leur avons recommandé de ne point se montrer et d'être prudents. Retenez-les tant que vous pourrez; sans votre prudence, je vois notre projet échoué; vous êtes notre espérance. Ces maudits Jacobins veillent, tenez-les en haleine ; faites-leur faire des bévues tant que vous pourrez; ils se fient à vous, moyen de plus pour les tromper... »

Et plus loin :

« Deux mille hommes, habillés en nationaux (nous en avons déjà 1 ,200) se présenteront à la porte de Strasbourg, environ quatre heures du soir ; vous pouvez compter sur eux. C'est tout ce que nous avons de meilleur, c'est l'élite de la noblesse française. Leur costume seul les fera entrer. Ils ne s'empareront que des derniers postes. Je veux dire dans la dernière enceinte. S'ils éprouvaient quelque retard, n'oubliez pas un jour, un instant, de nous envoyer le mot d'ordre : c'est d'une grande ressource. Deux cents d'entre eux se porteront chez les commissaires de la Convention et les égorgeront sans coup férir, ainsi que tous leurs suppôts. Tous vos honnêtes gens n'auront pour cri de ralliement que le nom du Roi et une cocarde blanche, seul signe qui sera respecté. Les municipaux dont nous avons les noms

seront poignardés; les autres, nos amis, seront respectés. Ils mettront leur écharpe blanche sur-le-champ...

» Une bonne partie de nos camarades sont dans la forêt d'Haguenau ; ils y sont retranchés ; ils y tiendront bon. La taxe qui a lieu met notre projet plus à môme d'être exécuté. 11 y a, suivant les rapports, deux mille mécontents de plus.

» Nous sommes surpris, nous recevons toujours leur mot d'ordre toujours tôt ou tard ; le plus tôt est à trois heures; tâchez que nous puissions, par ce moyen, le surprendre de meilleure heure. Le prince vous promet tout. Employez contre ces monstres tous les moyens. Regardez-les comme des animaux plutôt que comme des hommes.

» J'oubliais de vous demander des nouvelles de grand nombre de nos prêtres qui se sont rendus chez vous. Je crois que c'est le seul des moyens, et le meilleur qu'on pût employer; ils sont de Strasbourg et le connaissent parfaitement. Faites trotter ces bougres-là et sans relâche; ils ont la finesse du diable, ils vous seconderont infiniment. 11 nous paraît que nous sommes sûrs de votre ville. Décriez tant que vous pourrez les assignats ; les treize millions que vous avez sont destinés pour cela, ou plutôt prodiguez l'or, c'est une grande ressource. Notre bon ami Pitt vient de nous faire passer par la Hollande dix-huit millions pour compléter le discrédit; notre victoire est assurée... »

Cette lettre (1) se terminait ainsi :

« Vous ferez donner au porteur trente mille livres;

(1) Elle est citée en entier dans le Recueil des pièces authentiques pour servir à l'histoire de lu Révolution à Strasbourg. Voyez t. I, p. 130.

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