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30 HISTOIRE DE SAINï-JUSÏ
en doute l'authenticité d'une lettre qui avait paru si grave au général Michaud et aux représentants J.-B. Milhaud et Guyardin.
Cette authenticité, un écrivain de nos jours l'a contestée, en se fondant uniquement sur quelques lignes d'une longue dénonciation, écrite et signée par un certain Blanié, et trouvée dans les papiers de Saint-Just. Cette dénonciation, dont Saint-Just et le Bas ne firent aucun usage , paraît être l'œuvre d'un ultra-révolutionnaire, sinon d'un traître; elle est entièrement dirigée contre le maire Monet. On y lit, en effet, ces lignes :
« Que Monet, maire de Strasbourg, ce patriote d'apparence, nous dise ce qu'il a fait depuis la Révolution, et ce qu'il est... On peut le regarder comme un de ces patriotes flottant entre le patriotisme et l'aristocratie, qui s'accrochent par hasard à un rameau de la liberté, de crainte de faire naufrage ; mais qu'on ne croie pas pour cela qu'il en soit moins dangereux pour elle (1) »
Singulière destinée de cet homme ! Il a été accusé de complicité avec l'aristocratie par les ultra-révolutionnaires, accusé de complicité avec la démagogie par les contre-révolutionnaires; voici maintenant le passage bien insignifiant dont on s'est servi pour prétendre que la lettre du chevalier de Saint-Hilaire était fausse ou supposée.
« Il faut savoir enfin si Monet, maire de Strasbourg, a fait son devoir envers les Comités de Sûreté générale et
(I) Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payen, etc., t. II, p. 270 et 271.
de Salut public, s'il n'a pas voulu se soustraire à leur surveillance, et s'il a redouté la peine qui pouvait l'atteindre. A-t-il dressé procès-verbal de la lettre qu'il a reçue, signée du chevalier de Saint-Hilaire, ou a-t-il voulu faire une plaisanterie de la conspiration de Strasbourg? Qu'il ne pense pas nous endormir par ses paroles ; quoique maire, il ne mérite pas moins notre scrupuleuse vigilance (1). »
En vérité, cet argument nous semble d'une valeur bien négative pour établir la fausseté d'une pièce qui motiva l'arrestation de plusieurs administrateurs du département.
D'un autre côté, et longtemps après les événements auxquels il avait pris part, Monet a raconté qu'étant allé trouver les commissaires généraux pour leur adresser des observations au sujet de cette arrestation, il avait reçu de Saint-Just la réponse suivante : « Vous pouvez avoir raison sur quelques individus, mais il existe un grand danger, et nous ne savons où frapper. Eh bien, un aveugle qui cherche une épingle dans un tas de poussière saisit le tas de poussière (2). » Je ne sais trop ce qu'il y a de vrai là dedans ; quant à moi, je ne serais pas loin de penser qu'au moment où la réaction triomphait, l'ancien maire, en qui Saint-Just et le Bas avaient eu pleine confiance, et qui , hâtons-nous de le dire, s'était conduit en
(1) Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Paycn, etc., t. Il, p. 280.
(2) M, Edouard Fleury, en reproduisant ces paroles citées par les auteurs de V Histoire parlementaire de la Révolution française (t. XXXI, p. 52), les applique, avec intention, à une toute autre circonstance. Voyez Saint-Just et la Terreur, t. II, p. 66. Aux lecteurs de bonne foi d'apprécier.
excellent patriote, essaya de décliner la responsabilité d'une mesure à laquelle il me paraît bien difficile qu'il n'ait pas contribué en toute connaissance de cause.
La fausseté de la lettre du marquis de Saint-Hilaire semble, en effet, résulter de la condamnation de l'ancien pasteur de Gries ; mais, au moment où elle fut saisie aux avant-postes, il était impossible, en présence de ces termes si précis et si concluants, que la bonne foi de Saint-Just et de le Bas ne fût pas surprise.
Quoi qu'il en soit, en face des menées de toutes sortes dont le département du Bas-Rhin était le théâtre, les envoyés extraordinaires, qui n'avaient pas envie de laisser subir à la ville de Strasbourg le sort de Toulon, crurent devoir agir vigoureusement; ils rendirent, en conséquence, le 12 brumaire, l'arrêté dont voici la teneur :
« Les représentants du peuple, envoyés extraordinairement près l'armée du Rhin, informés que les ennemis ont pratiqué des intelligences dans Strasbourg parmi les autorités constituées, considérant l'imminence du danger, arrêtent ce qui suit :
» Art. I. L'administration du département du Bas- Rhin est cassée; les membres seront arrêtés sur-le-champ, à l'exception des citoyens Neumann, Didier, Mougeal, Berger, Telerel, et seront conduits de suite en arrestation à Metz.
» Art. II. Les citoyens Neumann, Mougeat et Telerel, formeront une commission provisoire pour l'expédition des affaires.
» Art. III. La municipalité de Strasbourg est également cassée, à l'exception du citoyen Monet, maire. La