‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 157 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

société populaire remplacera la municipalité par une commission de douze membres, pris dans son sein, dont le plus âgé remplira les fonctions de procureur de la Commune. Les membres de la municipalité seront conduits en arrestation à Châlons.

» Art. IV. L'administration du district de Strasbourg est également cassée ; cinq membres, élus par le comité de surveillance de ladite ville, en rempliront provisoirement les fonctions. Les membres du district de Strasbourg seront conduits en arrestation a Besançon.

» Art. V. Le commandant de Strasbourg et le comité de surveillance de ladite ville, sont chargés d'exécuter le présent arrêté, de manière à ce que les membres des autorités cassées soient hors de la ville demain, à huit heures du matin. »

Disons de suite que Saint-Just et le Bas recommandèrent expressément qu'on traitât les membres arrêtés avec tous les égards dus à l'humanité (1).

Cet arrêté causa quelque émotion dans la ville; la société populaire, dont les administrateurs compromis faisaient partie, demanda leur appel et leur mise en liberté, en déclarant qu'elle ne les regardait point comme conspirateurs, mais en convenant, néanmoins, que les membres n'avaient pas le patriotisme nécessaire aux fonctions dont ils avaient été investis. Saint-Just et le Bas répondirent à cette réclamation par une lettre que nous reproduisons, d'après Le Moniteur, qui l'inséra dans son numéro du 7 frimaire an n, en la faisant précéder de ces courtes réflexions : « Voici ce que ces deux représentants ont répondu. On trouve dans cette lettre l'in-

(I ) Voyez Far ré té à ce sujet, cilé dans un de nos derniers chapitres. U. 3.

struction jointe à la fermeté. Nous la publions ici, parce qu'elle donne une idée de l'état déplorable dans lequel l'égoïsme des riches, les trahisons et l'apathie criminelle des administrateurs avaient laissé cette fronftère. »

« Strasbourg, le 24 brumaire an n.

» Frères et amis, nous sommes convaincus qu'il s'est tramé une conspiration pour livrer la ci-devant Alsace, comme il s'en est tramé pour livrer les autres parties du territoire de la République; nous sommes convaincus qu'après la prise de Wissembourg, l'ennemi a fait sur Strasbourg les mêmes tentatives pour s'y procurer des intelligences et surprendre la ville.

» Quand nous arrivâmes, l'armée semblait désespérée, elle était sans vivres, sans vêtements, sans discipline, sans chefs. Il ne régnait dans la ville aucune police; le pauvre peuple y gémissait sous le joug des riches, dont l'aristocratie et l'opulence avaient fait son malheur, en dépréciant la monnaie nationale et en disputant à l'enchère les denrées à l'homme indigent.

» Les portes de la ville se fermaient tard ; le spectacle, les lieux de débauche, les rues étaient pleines d'officiers, les campagnes étaient couvertes de soldats vagabonds.

» Quand donc le peuple était malheureux, quand l'armée était trahie et périssait de misère, quand le crime et la contre-révolution marchaient en triomphe dans cette ville, que faisaient ses autorités constituées? Le compte qu'elles ont à rendre au peuple français est terrible. Elles négligeaient les réquisitions des grains, celles des charrois, des bois de chauffage; elles passaient des marchés de chandelle à sept francs la livre; les soldats de la liberté pourrissaient dans les hôpitaux; elles négligeaient tellement leurs devoirs, qu'il est impossible de se

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