‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 159 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

eux et dont nous parlerons dans le chapitre suivant. Disons de suite que le succès de leur mission n'en fut pas compromis et qu'ils contribuèrent glorieusement, pour leur part, aux victoires de nos armées.

Chargés seuls désormais de surveiller l'administration intérieure, Saint-Just et le Bas eurent l'œil à tout. Malheur aux fripons et aux traîtres ! les commissaires étaient pour eux impitoyables. En revanche, ils se montraient doux et affables envers les patriotes sincères, les amis dévoués de la République, toujours prêts à les entendre et à accueillir leurs justes réclamations. Dans l'intérêt commun , ils tâchèrent d'établir l'équilibre entre les exaltés et les modérés qui se partageaient la ville. C'est ainsi qu'au moment où florissait Yhébertisme que Saint- Just devait plus tard contribuer à abattre, Saint-Just et le Bas, qui avaient horreur des saturnales dont le culte de la déesse Raison était le prétexte, ne voulant pas, cependant, irriter les Jacobins extrêmes, chargèrent la municipalité de faire entretenir un drapeau tricolore sur le temple de la Raison et abattre les statues qui l'entouraient. Mais ces statues ne furent point brisées; par l'ordre même des représentants du peuple, elles furent couvertes de planches sur lesquelles on afficha les actes de l'autorité publique.

L'Alsace, quoique française depuis cent cinquante ans (1), avait, en grande partie, conservé les mœurs, le costume et la langue germaniques ; de nos jours encore, nous voyons les candidats à la députation obligés de publier leurs proclamations en allemand pour être compris des habitants des campagnes. N'est-il pas singulièrement triste d'entendre parler une langue étrangère

(1) Traité de Munster.

dans ces riches contrées, si françaises par le cœur? Saint-Just et le Bas résolurent de changer cet état de choses, contraire à l'unité de la République, et, pour arriver à leur but, ils ne reculèrent pas devant les plus petits détails. Par un arrêté en date du 28 brumaire, ils invitèrent les citoyennes de Strasbourg à quitter les modes allemandes. Quelques semaines après, ils prirent une mesure autrement féconde et autrement importante. Ce ne sera pas une des moindres gloires de notre Révolution que d'avoir généralisé l'instruction par toute la France et établi un instituteur dans chaque commune. Si le décret de la Convention obligeant, sous certaines peines, les parents d'envoyer leurs enfants à l'école primaire, eût été exécuté à la lettre, un Français ne serait pas exposé à n'être point compris dans son propre pays, et nous ne rencontrerions plus aujourd'hui tant de malheureux ne sachant ni lire ni écrire. Ceux qui préconisent cette ignorance vulgaire sont des égoïstes, des insensés et des impies. Le pain de l'intelligence est aussi nécessaire, aussi sacré que celui qui nourrit le corps. Combien plus nobles, plus généreux et plus grands étaient Saint-Just et le Bas, lorsque, en attendant l'établissement définitif de l'instruction publique, ils ordonnaientlaformationd'uneécolegratuitedelangue française dans chaque commune du département du Bas-Rhin (1) ! Ils arrêtèrent, en même temps, qu'une somme de six cent mille livres, provenant de l'emprunt sur les riches, serait affectée à la prompte organisation de ces écoles ; on ne pouvait employer ces fonds d'une manière plus avantageuse à la patrie. Quant aux dons patriotiques des citoyens et aux objets précieux dont les églises de Stras-

(1) Arrêté du 9 nivôse an n (Archives nationales).

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