LIVRE TROISIÈME
bourg avaient été dégarnies, ils chargèrent la municipalité de choisir deux de ses membres pour aller les remettre à la Convention nationale.
Saint-Just et le Bas se multipliaient; ils étaient partout. « Depuis huit jours, nous courons, écrivait le Bas à sa femme, nous ne nous reposerons plus guère jusqu'au moment de notre départ. Nous avons vu beaucoup de fripons et de gueux, mais aussi beaucoup de braves gens. » Grâce à leurs mesures énergiques et prévoyantes, grâce au plan de Saint-Just, l'ennemi commençait à être battu sur tous les points. L'armée du Rhin, ayant Pichegru à sa tête, celle de la Moselle, commandée par Hoche, avaient partout pris l'offensive. Le Comité de Salut public écrivait à Saint-Just : « 11 faut que votre génie se crée des ressources nouvelles. 11 faut que votre énergie double vos forces... nous attendons tout de la sagesse et de la fermeté de vos mesures. » Dieu sait si Saint-Just justifia largement cette confiance! Après avoir réorganisé l'armée, rempli ses cadres incomplets, pourvu à ses besoins, après avoir aguerri les troupes par des fatigues et des combats journaliers, il répondait, certain d'une victoire définitive, ces lignes prophétiques au Comité de Salut public : « Nous marcherons de tous côtés, comme le tonnerre, sans nous arrêter, sans laisser respirer l'ennemi. Nous nous fortifierons de toutes les garnisons deBitche, du fort Vauban, de Landau, etc.; nous dévorerons le Palatinat, et nous aurons retrouvé nos cent mille hommes qui sont nuls maintenant par la bassesse de ceux qui ont régi les affaires. »
Carnot, dans sa réponse, lui témoigna toute la satisfaction qu'éprouvaient ses collègues des grands résultats déjà obtenus. Il lui marquait que tous les regards de la France se tournaient vers les bords du Rhin et vers
Toulon comme si le salut devait venir de là. La France ne fut point trompée. L'ennemi avait déjà perdu beaucoup de terrain ; sur certains points, il avait reculé de dix lieues. Battu par Pichegru et parHoche, dans diverses rencontres, il fut contraint d'abandonner le siège du fort de Bitche, dont il avait tenté de s'emparer, et ce fut de cette dernière ville qu'à la date du 1er frimaire, Saint- Just et le Bas écrivirent à leurs collègues la lettre suivante, lue par Barère à la Convention, dans la séance du 5 :
« Citoyens nos collègues, la République est victorieuse sur toute la ligne de mouvement, depuis Sarrebruck jusqu'aux bords du Rhin. L'armée, sous les murs de Strasbourg, a repris Vantzenau et Brumpt; la division de Saverne a repris Boxviller, et nous l'avons laissée hier se portant sur Haguenau ; nous sommes à Bitche aujourd'hui, avec une partie du rassemblement de Bouquerons, occupés à suivre le plan et à surveiller les opérations. Nous ne vous apprendrons point les premiers la tentative de l'ennemi sur le château de Bitche. Il avait pratiqué des intelligences dans le fort et il connaissait tous les détours. Déjà l'ennemi avait brisé les portes. Le commandant que nous vous envoyons avait laissé les pontslevis baissés ; six mille hommes environnaient la place. Le seul bataillon du Cher a sauvé le fort; chaque soldat ne prit de commandement que de son courage; les artilleurs se conduisirent de même ; l'ennemi fut écrasé par les grenades et assommé par les soldats du Cher à coups de bûche. Nous avons vu les fossés, les glacis, les murs et les escaliers par où l'ennemi avait pénétré, teints de son sang. Une commission militaire va juger sur l'heure les émigrés faits prisonniers. Les autres prisonniers, au nombre de deux ou trois cents, seront conduits dans