CHAPITRE V
Retour en Alsace. — Réactionnaires et ultra-révolutionnaires. — La Propagande et Charles Nodier. — Euloge Schneider. — Son mariage. — Sa chute. — Souvenir du général Donzelot. — L'émigration expliquée. — Lettre à Robespierre. — Appel de la commune de Strasbourg après thermidor. — Arrêté contre les agioteurs. — Opérations militaires. — Hoche et Pichcgru. — Affaire de Kaiserslautern. — Lettres de Saint-Just et de le Bas au général Hoche. — Il est investi du commandement en chef. — Victoire de Geisberg. — Reprise des lignes de Wissembourg. — Landau délivré. — J.-B. Lacoste et Baudot. — Une lettre du citoyen Gatteau. — Fin de la mission dans le Bas-Rhin.
Saint-Just et le Bas étaient à peine à Paris depuis trois jours, qu'ils durent le quitter pour retourner en Alsace et hâter le déblocus de Landau. Madame le Bas avait été cruellement affectée de l'absence de son mari; elle insista fort, cette fois, pour être du voyage, et partit avec eux ainsi qu'Henriette, sa belle-sœnr. Pour abréger les
longueurs de la route, Saint-Just lisait à ses compagnes de voyage des pièces de Molière dont il avait toujours un exemplaire sur lui; madame le Bas, plus qu'octogénaire aujourd'hui, et qui souffrait alors de sa grossesse, n'a pas encore perdu le souvenir des bons soins et des prévenances dont ne cessa de l'entourer l'intime ami de son mari (1). Saint-Just et le Bas installèrent madame le Bas et Henriette à Saverne, où était le quartier général, et leur recommandèrent de ne recevoir personne, afin de ne pas les troubler dans l'accomplissement de leur mission; ce qui n'empêcha pas les deux femmes de trouver l'occasion de faire adoucir, en faveur de quelques accusés, la rigueur des lois révolutionnaires.
Ce brusque retour des envoyés extraordinaires surprit plus d'une personne et déjoua bien des calculs hostiles. A Strasbourg surtout, les malveillants et les ultrarévolutionnaires avaient mis à profit la courte absence de Saint-Just et de le Bas, pour surexciter les mauvaises passions et troubler la tranquillité dans laquelle les commissaires avaient laissé la ville. Les enragés, ceux qui poussaient à la haine de la Révolution, les uns involontairement, les autres avec intention, en exagérant les mesures du Comité de Salut public et les décrets de la Convention, n'aimaient pas, ne pouvaient aimer Saint- Just, homme d'ordre avant tout et qui poursuivait l'anarchie, sous quelque forme qu'elle se produisît. Par opposition au parti national, à la tète duquel était le maire Monet, ils composaient le parti allemand , auquel on prêtait le projet de vouloir séparer l'Alsace de la France
(i) Au moment où nous mettons sous presse (avril 1859), nous recevons la nouvelle de la mort de celle femme de bien, qui vient de s'éleindre à Tàge de 86 ans, sans jamais avoir doulé des amis vertueux qu'elle est allée rejoindre.