‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 166 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

neur de la Raison ; Schneider et sa bande y assistaient. Un prêtre de sa suite, nommé Funk, profita de l'occasion pour renoncer publiquement à la prêtrise. Euloge Schneider se mit alors en frais d'éloquence, parla au peuple assemblé des vertus de son ami, s'étonna de ne point voiries citoyennes de Barr accourir en foule s'offrir pour épouses au citoyen Funk, et invita celle d'entre elles que celui-ci choisirait à ne pas lui refuser sa main. Le soir même, Funk présenta à la société populaire une jeune tille qu'il avait honorée de son choix, et qui consentait à devenir sa femme. Schneider, pour doter les fiancés, pauvres l'un et l'autre, leva un impôt forcé déguisé en don patriotique offert comme présent de noces par les communes du canton de Barr (1).

Il eut lui-même la fantaisie de se marier; voici comment se conclut son mariage : la chose vaut la peine d'être racontée. Il y a deux versions entre lesquelles il me paraît assez difficile de se prononcer. Pour être juste, nous les donnerons l'une et l'autre. D'après la narration de l'ex-prêtre Charles Taffin, un des juges au tribunal de Schneider, celui-ci se serait épris de belle passion pour la fille d'un riche particulier,, nommé Stamm, et aurait écrit aux parents et à la jeune fille les deux lettres suivantes :

« Concitoyens,

» Permettez que votre fille lise les deux mots que je lui adresse ci-joints ; et, si vous consentez à notre mariage, je vous promets, foi de républicain, de la rendre heureuse.

(1) Recueil des pièces authentiques, t II, p. 222. II. y

« Intéressante citoyenne,

» Je t'aime, je te demande à tes vertueux parents; si tu me donnes la main, je ferai ton bonheur (1). »

Suivant l'autre version, beaucoup moins favorable à Schneider, version adoptée par Nodier, qui l'a dramatisée a sa façon, ce Stamm était un aristocrate en jugement dont la fille était venue implorer la clémence de Schneider. L'ex-capucin, touché des larmes de la suppliante et de sa grande beauté, aurait signé la mise en liberté de l'accusé; mais, le lendemain, il serait allé lui demander la main de sa fille, et, comme pour lui montrer ce qui lui était réservé en cas de refus, il se serait approché de la fenêtre donnant sur la place de Brumpt, l'aurait ouverte et aurait fait voir au père la guillotine, décorée de panaches, de nœuds et de rubans. La jeune fille, effrayée à ce spectacle, se serait jetée aux pieds de son père et l'aurait supplié de lui accorder pour époux l'homme généreux auquel il devait la vie. Ce fait a été attribué à Schneider par la rumeur publique, mais j'avoue que j'ai toutes les peines du monde à croire à une pareille infamie, qui ne me paraît pas suffisamment démontrée. On ajoute même qu'une fois mariée, la fille de Stamm allatrouverSaint-Just,lui demanda justicedel'horrible abus de pouvoir auquel elle devait d'être la femme de Schneider, et contribua ainsi à la chute de son mari.

Quoi qu'il en soit, ce qu'il est impossible de nier, ce sont les folies de ce misérable, qui semblait, en vérité, payé pour perdre la République par la République, en la dépopularisant, en bouleversant toutes choses, en

(i) Recueil des pièces authentiques, t. II, p. 165.

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