‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 170 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

bien de le nommer, les braves et honnêtes gens! non, ils attribuent tout à Saint-Just et à le Bas, procédé assurément très-commode et peu dangereux:

Ceux qui sont morts sont morts et ne sont plus à craindre.

Quant au bien produit, quanta l'ennemi vaincu, quant à la contre-révolution étouffée, qu'importe à la réaction qui triomphe! Sans doute, des mesures d'une excessive sévérité furent prises, mais l'inexorable nécessité était là, qui les commandait. Une des plus rigoureuses fut certainement l'arrêté de Saint-Just et de le Bas contre les agioteurs et ceux qui vendaient à un taux défendu par les lois de la Convention. Les commissaires étaient à Saverne ; c'était le 3 nivôse : on vint leur dire que l'exécution des lois sur le maximum rencontrait d'insurmontables difficultés, par suite de la mauvaise volonté des propriétaires et des marchands, et que les agioteurs faisaient monter toutes choses à un prix intolérable; ils rendirent alors l'arrêté suivant :

« Il est ordonné au tribunal du Bas-Rhin de faire raser la maison de quiconque sera convaincu d'agiotage ou d'avoir vendu à un prix au-dessus du maximum. »

On ne doit pas oublier que le but des commissaires était surtout d'effrayer par là les misérables spéculant sur la misère publique et pour lesquels la faim du peuple était un instrument de fortune. Saint-Just, on se le rappelle, avait été le constant adversaire des mesures restrictives en matière de commerce; mais la Convention ayant jugé indispensable et d'une absolue nécessité l'établissement du maximum (et il est certain que cette

illustre Assemblée a eu d'excellentes raisons pour en décider ainsi), les commissaires ne pouvaient qu'ordonner la stricte exécution de la loi. Une seule fois, du reste, l'arrêté de Saint-Just et de le Bas fut appliqué par le tribunal révolutionnaire, pour l'exemple, et, à coup sûr, celui qui fut condamné n'était pas innocent (1). Quand vint la réaction, on ne manqua pas de jeter ce jugement à la tête de Saint-Just et de le Bas ; dans la séance du 16 ventôse an ni , un membre de la Convention proposa l'annulation de leur arrêté, et ce membre, c'était, qui le croirait? André Dumonl, le- sauvage proconsul de la Somme, le futur sous-préfet impérial. 11 est vrai qu'il avait tant à faire oublier!

Pour compléter le récit de cette mission dans le Bas- Rhin, il nous reste à raconter la délivrance de Landau, qui en fut le glorieux couronnement.

Dans le chapitre précédent, nous nous sommes arrêté, pour les opérations militaires, à la belle affaire de Bitche. On sait quelle était la confiance du Comité de Salut public en Saint-Just, pour tout ce qui concernait le mouvement des armées, confiance si largement justifiée.

« Nous voyons, cher collègue, avec beaucoup de satisfaction, lui écrivait Carnot qui s'y connaissait, les mesures de sagesse et de vigueur que vous prenez pour mettre l'armée du Rhin en état de repousser l'ennemi... Nous comptons sur votre grande énergie et nous vous seconderons de toutes nos forces. »

Le plan de Saint-Just était d'opérer la jonction de

({) Voyez, dans le Recueil des pièces authentiques, le texte du jugement cité en enlicr, 1. 1, p. 52, in fine.

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