LIVRE TROISIEME
réclamation. Quant à Saint-Just et à le Bas, une seule chose les occupait, la délivrance de Landau.
Après l'affaire de Bitche et l'échec des Prussiens à Bliescastel et à Deux-Ponts, Hoche avait résolu de frapper un coup décisif afin de chasser l'ennemi qui bordait encore nos frontières. Pour arriver à Landau, étroitement bloqué par les coalisés, il fallait franchir la Sarre, suivre la crête des montagnes des Vosges et débusquer l'ennemi des hauteurs de Kaiserslautern. En conséquence, le 8 frimaire, Hoche divisa son armée en trois grandes colonnes, et les lança contre l'armée austroprussienne, échelonnée en avant de Kaiserslautern. Le plan de Hoche avait été parfaitement combiné ; cependant le succès n'y répondit pas. L'armée française, après avoir emporté quelques postes, finit par être repoussée vers le soir, et l'attaque recommencée avec acharnement le lendemain ne réussit pas mieux. L'ennemi occupait des positions formidables; il avait hérissé de canons les redoutes de Galgen et de Kaiserslautern, et son artillerie nous causa de grosses pertes. Les troupes exaspérées voulaient tenter une troisième attaque, mais Hoche, ayant appris que les Prussiens avaient reçu des renforts considérables et ne voulant pas risquer inutilement un sang précieux, fit opérer la retraite qui eut lieu, du reste, dans un ordre admirable.
A propos de cet échec du général Hoche, on n'a pas manqué d'accuser Saint-Just et le Bas de s'être emportés en reproches et en menaces contre lui ; nous ne parlons pas seulement des réactionnaires farouches. Un écrivain d'un rare talent (1), qui a pris le cri de ses passions pour
(1) M. Lanfrey. Voyez son Essai sur la Révolution. M. Lanfrey, que la démocratie a pu un moment espérer de compter dans ses rangs,est de l'école de ces profonds politiques qui réclament, avant tout, la liberté... pour il. u
celui de la vérité, et qui ne semble pas avoir très-bien étudié ni compris les difficultés avec lesquelles les représentants en mission se sont trouvés aux prises, n'a pas craint d'avancer que les commissaires avaient fait emprisonner Hoche pour protéger Pichegru ; nous démontrerons plus tard la fausseté de cette accusation. Quant à présent, pour réduire à néant d'odieuses et ridicules déclamations, nous sommes heureux de pouvoir citer ici une lettre à peine connue, adressée de Bitche, le 12 frimaire, par Saint-Just et le Bas à l'illustre vaincu de Kaiserslautern, lettre digne et noble, qui honore à la fois et ceux qui l'ont écrite et celui qui l'a reçue :
« Tu as pris à Kaiserslautern un nouvel engagement: au lieu d'une victoire, il en faut deux. L'ennemi, à ce qu'il paraît, s'était retranché jusqu'aux dents; rends-lui la pareille à Rentel, Sausse-Kil et Auwteiller, sur les hauteurs desquels il faut pratiquer des redoutes et des batteries. Tu as pris de sages mesures en faisant retrancher toutes les gorges de Birmesens; nous y avons envoyé des hommes intelligents pour hâter les travaux, donner de nouveaux ordres pour rendre le pays impraticable. Ces ouvrages contribueront beaucoup à favoriser les efforts qui seront dirigés contre Wissembourg et Landau. Ne t'arrête point aux difficultés d'établir les batteries ; il n'est point de fardeaux que ne soulève l'audace d'un homme réfléchi.
» Nous ne pouvons te voir demain; nous reviendrons bientôt; nous te conseillons, si l'ennemi s'avance contre Deux-Ponts, de l'y attendre, mais de l'attaquer toujours
eux. Quant aux grands hommes qui ont pensé que les améliorations sociales devaient marcher de pair avec les améliorations politiques, ce sont des forcenés à ses yeux. Nous reviendrons sur ce sujet.