LIVRE TROISIÈME
sans souffrir qu'il te prévienne; c'est le moyen d'entretenir le courage et l'espérance parmi les soldats. Tu as tout à craindre si l'on t'attaque. Mets le plus grand concert entre tes mouvements et ceux de toute la division de la droite jusqu'à Brumpt. Il faut que toute la ligne frappe à la fois et sans cesse, sans que l'ennemi ait un moment de relâche. Il faut que tous ceux qui commandent les mouvements combinés de ces armées soient amis. Mets la plus grande rapidité dans la marche sur Landau ; le Français ne peut s'arrêter un moment sans s'abattre. Fais faire des mouvements continuels à ton armée de la Moselle, pour occuper l'ennemi et l'empêcher d'envoyer des renforts aux troupes qui cernent Landau.
» Adieu :
» Saint-Just, le Bas. »
Hoche, qui était cependant un assez grand homme de guerre pour n'avoir pas besoin de conseils, dirigea sa conduite d'après les instructions contenues dans cette lettre. Après quelques combats peu importants, il opéra la jonction de son armée, renforcée par dix mille hommes de l'armée des Ardennes, avec celle de Pichegru, qui venait de chasser les Autrichiens du village de Dawendorff. Une fois les deux armées réunies, il devenait nécessaire de les mettre sous les ordres d'un seul général, afin d'éviter toute scission dans le commandement. Pichegru, plus âgé que Hoche et à qui l'on pouvait croire plus d'expérience, avait donné assez de preuves de patriotisme, de bravoure et de talents militaires pour inspirer pleine confiance à Saint-Just et à le Bas, qui résolurent de le nommer général en chef. Hoche luimême leur écrivait, le 4 nivôse :
« Citoyens, au nom de la République et de ses plus chers intérêts, détruisez la jalousie. Je vous supplie de donnera Pichegru, par un acte authentique, le commandement en chef des deux armées (1). »
Mais, tandis qu'ils se trouvaient a Strasbourg, ils furent prévenus par J.-B. Lacoste et Baudot qu'ils n'avaient pas informés de leur intention. Ceux-ci, qui, dans un récent combat, avaient eux-mêmes tiré le canon et avaient été témoins du sang -froid et de la valeur de Hoche, s'étaient empressés de l'investir du commandement supérieur. Saint-Just et le Bas, en arrivant à Haguenau, apprirent, de la bouche même de Pichegru, la décision de Baudot et de Lacoste, et comme ils se seraient bien gardés de sacrifier l'intérêt général à une question d'amour-propre, ils la ratifièrent par cet arrêté :
« Le général Hoche poursuivra les opérations militaires jusqu'à nouvel ordre du Comité de Salut public. »
Seulement, en cette circonstance, ils crurent devoir expliquer leur conduite au Comité par la lettre suivante, qui prouve, une fois de plus, combien le salut de la République dominait en eux toute autre préoccupation :
« Les représentants en mission extraordinaire Saint- Just et le Bas à leurs collègues.
« Haguenau, le 5 nivôse, à minuit.
» Conformément à vos intentions, nous prîmes, à notre arrivée, un arrêté qui prescrivait aux deux généraux en
( t) Vie du général Hoche, par Rousselin.