II
ment révolutionnaire, ce fut sans doute au moment où les Girondins furent livrés au tribunal; eh bien, à cette époque, Saint-Just était à Strasbourg!
Dans ce même hôtel delà rue Gaillon, où logeait Saint- Just, habitait, en même temps que lui, madame Desportes de Doullens , veuve d'un ancien officier des gardes du corps. Sincèrement attachée aux principes de la monarchie détruite, cette dame, qui portait à Saint-Just une profonde amitié, traversa, grâce à son jeune ami peutêtre, sans être inquiétée, toute l'époque de la terreur. Elle possédait un fort beau portrait de Marie-Thérèse, donné à son mari par l'impératrice-archiduchesse ellemême, sur lequel, de peur d'être compromise, elle avait fait appliquer un portrait de Saint-Just, peint au pastel par leur hôtesse commune. C'est ce dernier portrait dont nous avons, dans un chapitre précédent, donné une courte description, et qui, après thermidor, est devenu la propriété de la famille le Bas. Madame Desportes de Doullens a vécu dans la plus complète intimité avec la femme d'un de nos vieux amis (1), a laquelle, bien des fois, elle a parlé de Saint-Just, de sa douceur dans les relations privées, de sa grâce et du charme de sa société. Une brutalité de la nature de celle que M. de Barante a mise sur le compte de Saint-Just, aurait certainement frappé l'esprit d'une femme délicate et ne serait pas sortie de sa mémoire. Madame Desportes de Doullens n'eût pas manqué d'en instruire la meilleure amie de ses vieux jours et de flétrir énergiquement un tel acte; loin de là, elle n'a jamais dit de Saint-Just que le plus grand bien, le plaignant, d'un cœur véritable, sur sa fin tragique et inattendue, et s'étonnant seulement « qu'un jeune
(I) L'excellent et regrettable docteur Sellier.