LIVRE QUATRIEME
frappait elle-même, elle serait bientôt corrompue et achetée.
» Cette censure ne doit point agir sur le peuple : le peuple est son propre censeur. Elle ne doit pas ressembler à la censure des Romains, elle ne peut s'exercer parmi nous sur les mœurs; elle serait insupportable. Elle ne peut que surveiller l'exécution des lois rigoureuses contre l'aristocratie, et soumettre les magistrats et agents aux lois dont ils sont aujourd'hui presque indépendants... »
Le décret venant à la suite établissait dans chaque armée de la République, jusqu'à la paix, un censeur dont la mission devait consister à surveiller les fonctionnaires publics et à dénoncer leurs abus, soit pour dilapidation, soit pour injustice, au tribunal révolutionnaire. Chaque censeur recevait une somme de dix mille livres, à titre d'indemnité annuelle. C'était, au reste, la mise en pratique d'une institution contenue dans le seizième fragment de ses Institutions républicaines
Mais ce qui préoccupait surtout Saint-Just, c'étaient les affaires militaires; il y donnait toute son attention; non pas qu'il fût ébloui par la gloire des armes : il se méfiait, au contraire , du prestige qui, dans notre pays surtout , s'attache aux généraux victorieux. On ne l'entendit jamais vanter, à la tribune, les palmes cueillies sur les champs de bataille, lui qui cependant prit une si honorable part à nos combats sur le Rhin et dans le Nord. Il reprochait à Barère de trop faire mousser nos victoires (1); on eût dit qu'il pressentait l'avenir et qu'il prévoyait ce que ce peuple de France aurait un jour
(I) Mémoires de Barère, t. IV.